Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 février au Théâtre Les déchargeurs

« L’inattendu »


Liane vit seule depuis que son amant noir a disparu une nuit sur le fleuve. Est-il mort ou a-t-il choisi de disparaître ? Quand le rideau s’ouvre, elle se saisit de la veste de l’aimé, la sent, la place contre elle comme un danseur qui l’enlacerait. La douleur est là, les regrets, le sentiment d’abandon, l’incapacité à faire son deuil et à vivre sans l’être aimé, la recherche constante de signes de sa présence. Autour d’elle apparaissent un à un des flacons. Chacun a une couleur et son odeur renvoie à un souvenir. Peu à peu elle va sortir de cet enfermement où l’alcool est son seul compagnon et revenir vers la vie, dans une sorte de voyage initiatique qui la mènera vers l’Afrique d’abord et le pays de l’amant auquel elle ne cesse de rêver, puis vers d’autres lieux qu’elle explorera en photographe, des lieux où règnent la guerre, les massacres et la haine de l’autre, avant de revenir vers la Louisiane où a commencé son malheur. Elle n’a rien oublié, mais elle est debout, capable d’aimer et de vivre.
Le texte de Fabrice Melquiot est très beau, passant du réalisme à l’onirisme, de la poésie à la trivialité. On se laisse emporter par les images, par la force de ce qui est dit. Liane parle à son amant en l’appelant « mon p’tit chou, mon tigre » et évoque son corps comme « une peau de nuit tombée ». Le retour à la vie est fait quand elle dit « La vie, c’est ce qui nous arrive quand on fait autre chose ». La mise en scène de Brontis Jodorowsky (qui joue actuellement « Le gorille » au Lucernaire) est sobre et juste. Une chambre, une table et un lit, un léger fond musical, le murmure du fleuve suffisent à nous entraîner dans des univers différents. Avec presque rien, on sent le temps qui passe, la vie qui repart.
Enfin, le texte est admirablement porté par Eléonor Agritt. Elle a la passion, la révolte, le charme et la sensibilité exacerbée de son personnage. Elle donne à la pièce sa force et nous entraîne dans le tourbillon de cette histoire de deuil, de souffrance et de renaissance dont on sort bouleversé.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h
Théâtre des déchargeurs
3 rue des déchargeurs, 75001 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 36 70 56

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Sabordage »
    O Après Blockbuster, où elle dénonçait les effets de la cupidité globalisée, portée par un système ultralibéral faisant passer le profit avant toute autre considération, l’inventive troupe liégeoise Le... Lire la suite (13 octobre)
  • Des reprises à signaler
    Voici 3 spectacles que nous avons chroniqués et qui sont repris cette automne. Pour ceux qui les auraient loupés ou qui voudraient les revoir ! « Jeanne Plante est chafouin » les lundis à 20h30... Lire la suite (12 octobre)
  • « Les causeries d’Emma la Clown »
    Il y a maintenant vingt ans que Meriem Menant a crée son personnage d’Emma la clown avec sa chemise de flic bleu clair et sa cravate, sa jupe plissée qui pendouille et ses chaussettes qui godillent,... Lire la suite (11 octobre)
  • « Piège pour Cendrillon »
    Adaptation d’un polar glamour et vénéneux écrit par le romancier Sébastien Japrisot dans les années 60, la pièce mêle avec une habileté diabolique intrigue policière et histoire passionnelle. Une jeune... Lire la suite (11 octobre)
  • « Dieu est un DJ »
    C’est en 1998 au moment où arrivent les premières émissions de télé-réalité que Falk Richter a écrit cette pièce. Le dramaturge et metteur en scène allemand, qui travaille pour les plus grands théâtres... Lire la suite (10 octobre)