Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film d’Alain Guiraudie (France)

"L’inconnu du lac" Sortie en salles le 12 juin 2013

C’est le plein été. L’une des rives d’un lac est un lieu de drague pour hommes.

Retiré à l’intérieur du bois, Franck qui fréquente le lieu quotidiennement, assiste à un assassinat par noyade. Au lieu de dénoncer Michel, l’assassin, il est irrésistiblement attiré par cet homme beau, puissant, même s’il sait qu’il est mortellement dangereux.

Alain Guiraudie, dont "L’homme du lac" est la sixième réalisation en treize ans, nous donne ici son film le plus abouti. Une œuvre d’une beauté époustouflante, d’une grande limpidité où la nature se pose en personnage.

Filmer les allées et venues d’hommes draguant d’autres hommes, un rituel qui pourrait être obscène (le dragueur voyeuriste à l’affût des accouplements derrière les buissons), le mécanisme d’un rituel codifié pouvaient donner une œuvre documentaire sur les agissements de ces hommes animés de désir, un film scabreux si l’on ajoute au décor dressé, l’assassinat qui survient..

Par quel miracle Alain Guiraudie en fait un récit d’une telle évidence, d’un tel naturel, d’un réalisme frontal mais jamais provoquant ? Ces lieux de drague existent et rien n’empêche le cinéaste de nous en proposer une peinture délicate, empreinte d’une certaine douceur, d’humanité et de passion charnelle.

Il met en place presque sans bruit une intrigue policière avec les entrelacements d’une enquête comme il a mis en scène le meurtre, à une telle distance qu’on a longtemps cru, en suivant la scène, à un simple jeu de baigneurs.

Il utilise avec efficacité le soleil d’été, l’eau, les sous-bois qui deviennent des éléments érotiques de son récit et il aborde comme jamais l’amour, la passion, la grandeur des sentiments et le sexe en faisant se côtoyer, à l’intérieur de mêmes séquences, à la fois l’émotion amoureuse et l’obscénité du sexe, ceci sans jamais opposer comme on le fait souvent, la noblesse des sentiments d’un côté et le fonctionnement trivial des organes sexuels de l’autre.

C’est par le dosage de son récit en matière de sexe et de sentiments qu’Alain Guiraudie relève le défi et gagne la partie. Les scènes d’amour entre hommes sont réalistes, assumées, mais il se garde de les multiplier et il semble au bout du film qu’aucune ne manque et qu’aucune n’est en trop.

On pourrait dire que le cinéaste conduit son film comme il nous laisse découvrir toute la complexité du personnage d’Henri dont on ne saura qu’au cours d’une des dernières séquences pourquoi il est chaque jour présent au bord du lac, alors que lui ne drague pas.

Et puis il y a la merveilleuse façon dont le cinéaste filme la nature, le lac, la plage mais aussi la végétation, les arbres. La peinture du monde selon Alain Guiraudie passe par la lumière, l’eau, ses reflets, le feuillage, ses bruissements, les éléments.

"L’inconnu du lac" est un film de facture classique et il est de cette façon d’autant plus efficace pour aborder un sujet qui reste le plus souvent anecdotique au cinéma. La mise en scène, la direction d’acteurs, la photographie sont traitées au scalpel.

C’est superbe !

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Roads »
    Gyllen est un garçon de tout juste dix-huit ans, originaire de Londres, parti avec sa famille pour des vacances au Maroc. On ne saura pas très bien les raisons pour lesquelles il décide de fausser... Lire la suite (16 juillet)
  • « Her smell »
    Bercky Something est une superstar du rock des années 90 qui a rempli les stades avec son Girls band : « Something She » Lorsque ses excès, ses caprices de vedette adulée finissent par mettre en... Lire la suite (15 juillet)
  • « Persona non grata »
    José Nunes et Maxime Charasse sont des amis de longue date et associés minoritaires dans une entreprise de BTP momentanément en difficulté. Face à la nécessité de protéger leurs intérêts, ils décident... Lire la suite (14 juillet)
  • « L’oeuvre sans auteur »
    A Dresde, en juillet 1937, un enfant, Kurt Barnet visite avec sa tante Elisabeth l’exposition sur « l’art dégénéré » organisée par le régime nazi pour lesquels les représentants notables sont entre autres... Lire la suite (14 juillet)
  • « Le voyage de Marta »
    Marta que son père à invitée avec son jeune frère pour des vacances au Sénégal dans un complexe touristique avec excursions et animations, s’ennuie ferme mais prend son mal en patience. Elle traîne sa... Lire la suite (13 juillet)