Actualité théâtrale

Jusqu’au 19 mars au Théâtre de Gennevilliers

« L’indestructible Madame Richard Wagner »

Ex-professeur de philosophie, aujourd’hui performeur et écrivain associé au théâtre de Gennevilliers et aux ateliers de lecture et d’écriture, Christophe Fiat s’intéresse au destin de Cosima Wagner qui a fait de l’art un outil de résistance à la domination masculine.
Fille de Franz Lizst et de Marie d’Agoult, mariée à Richard Wagner après avoir été sa maîtresse, Cosima passera sa vie de couple à rédiger un journal intime, véritable hagiographie de son mari dont elle relate le quotidien mais surtout sa vie de créateur. D’abord effondrée à la mort de son mari, elle décide rapidement de prendre sa succession à la direction du Festival de Bayreuth. Omniprésente dans le choix des mises en scène comme dans la communication sur le festival, dans sa longue robe noire, elle se battra contre tous ceux qui voient en elle une mante religieuse plus soucieuse de pouvoir que de transmission des œuvres. Elle réussira à s’imposer dans ce monde très masculin et à faire de Bayreuth une capitale de l’art comme le voulait Wagner. Toute entière consacrée à ce projet elle n’hésitera pas à laisser sa place à son fils Siegfried pour continuer à diriger dans son ombre jusqu’à sa mort en 1930.
Pour évoquer ce personnage « indestructible », Christophe Fiat ne nous offre pas une version classiquement théâtrale, mais plutôt une performance.

Sur scène il y a cinq acteurs debout devant des micros. Ils n’incarnent pas les personnages de cette histoire. Ils nous rapportent, en alternant évènements historiques et histoire privée, la vie de Cosima, la mort de Wagner, la prise en main par Cosima du festival de Bayreuth, la résistance de sa petite-fille, Friedelind, aux compromissions avec Hitler et le nazisme. A travers ces textes apparaît bien la dualité de Cosima, à la fois femme animée par un idéal, la célébration de l’œuvre de son mari, et femme volontaire prête à remuer ciel et terre pour diriger le festival de Bayreuth. Une des actrices ponctue parfois son propos avec une basse et il y a aussi sur scène un piano, sur lequel on ne jouera bien sûr jamais du Wagner. En fond de scène passent des visuels de Louise Armand à une vitesse accélérée qui évoquent un rêve. Pour le créateur, Christophe Fiat, il s’agit de défendre l’idée que « c’est la défense de la parole contre les visuels et la musique qui constitue la part indestructible de Cosima ». Les cinq acteurs mériteraient tous d’être cités. Ils alternent ton distancié et froid du reportage et voix plus chaude du vécu. On retiendra particulièrement Laurent Sauvage et Clémentine Baert.
Le T2G nous offre un spectacle original qui tout en nous ancrant dans l’histoire de Cosima Wagner, fait appel au rêve et à l’imaginaire.
Micheline Rousselet

Mardi et jeudi à 19h30, mercredi, vendredi et samedi à 20h30, le dimanche à 15h
Théâtre de Gennevilliers
41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 41 32 26 26
www.theatredegennevilliers.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Les Molières le 23 juin
    La cérémonie des Molières est maintenue, dans le respect des règles sanitaires, et sera diffusée en prime time le 23 juin sur France 2. Elle rappelle, en ces temps où l’avenir est encore incertain et... Lire la suite (25 mai)
  • La Comédie-Française lance La Comédie continue !
    COMMUNIQUÉ DE PRESSE > vendredi 27 mars 2020 > La Comédie continue ! > Tel est le nom de la première chaîne en ligne de la Comédie-Française. > À partir du lundi 30 mars 2020 à 16h, plusieurs levers... Lire la suite (31 mars)
  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)