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Un film de Ivan I. Tverdovsky (Russie-Irlande-Lithuanie-France)

« L’insensible » Sortie en salles le 11 septembre 2019.

Sa mère a abandonné Denis quand il venait de naître. Il a grandi dans un orphelinat où on a décelé l’étrange maladie dont il est atteint et dont la particularité est de l’avoir rendu insensible à la douleur.

Un jour, alors qu’il est devenu adolescent, sa mère ressurgit dans sa vie et décide de l’amener avec elle à Moscou.

Or en réalité,celle-ci est associée à un gang de fonctionnaires corrompus dont la spécialité est de soutirer de l’argent à des personnes riches.

Son insensibilité à la douleur intéresse le gang qui va exploiter la maladie de Denis pour piéger de prochaines victimes en « organisant » des accidents de la circulation dont, grâce à sa maladie, il devrait ressortir indemne...

Cinéma : L'insensible

Après «  Zoologie  » qui montrait une femme qui voyait lui pousser une queue dans le bas de son dos, Ivan I. Tverdovsky, jeune cinéaste russe, s’intéresse avec son nouveau film, une fois de plus, à une personne qui échappe à l’ordinaire et qui, pour cette raison, se trouve rejetée par les autres.

L’histoire de Denis et celle de la quadragénaire de «  Zoologie » sont radicalement différentes. L’une tentait de vivre avec sa différence. L’autre utilise sa maladie devenue « talent » inhabituel pour sauter sur des voitures en pleine vitesse.

Des arnaques à l’accident ne sont pas choses rares. De nombreux cas ont été recencés en Russie et ailleurs dans le monde.

« L’insensible » débute avec une scène difficilement supportable où, filmée de dos et à distance, une mère dépose son nouveau-né dans une « boite à bébés », sorte de vide-ordures au lieu de l’abandonner comme le plus souvent près d’un édifice.

Ces « boites à bébés » étant ressenties comme une fonction sociale positive puisque de cette façon, comme c’est montré dans les scènes qui suivent, l’enfant a toutes les chances de survivre et d’être pris en charge par les bénévoles d’un orphelinat.

Comment cette mère qui, quelques années auparavant a abandonné son nouveau-né, va-t-elle réagir face à l’adolescent qu’il est devenu ?

C’est compter sans les vraies raisons pour lesquelles elle le retrouve et le recueille et sans l’ambiguïté qui va naître de ces retrouvailles.

Oksana, la mère, cédera-t-elle à son instinct maternel ou se livrera-t-elle à des intérêts mercantiles auxquels l’incitent les membres peu scrupuleux du gang auquel pour des raisons économiques ou de dépendance, elle appartient ?

Le film d’Ivan I.Tverdovsky fonctionne sur deux plans. La reconstruction des relations entre la mère et son fils, teintés de vrais élans filiaux même si l’ombre de l’escroquerie plane, et la peinture sociale d’un pays en proie aux manœuvres d’arnaque qui sont devenues monnaie courante, une sorte d’économie parallèle, de repli, de moyen de survie.

Dans ce dédale de faux sentiments, de sentiments dénaturés et de malhonnêteté ouverte, évolue le personnage de Denis, sorte de candide moderne perverti à son insu par une société gangrenée au point qu’elle ne sait plus identifier les élans spontanés de la nature humaine.

Soucieux de la bonne perception de son message «  L’insensible  » est un film de facture très classique. La démonstration des manœuvres de corruption dans une société pervertie où les frontières de la moindre honnêteté sont repoussées et ont tendance à disparaître est efficace.

Les comédiens sont justes et le déroulement des événement sont conduits dans un souci de limpidité narrative...

Francis Dubois

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