Actualité théâtrale

au Théâtre Gérard Philipe jusqu’au 19 février 2012

"L’opéra du Dragon" de Heiner Müller, mise en scène Johanny Bert

"L’Opéra du dragon", inspiré à Heiner Müller par "Dragon" d’ E. Schwartz, est un conte théâtral poétique et humoristique qui se prêtait à un spectacle de marionnettes.
C’est aussi une fable politique universelle qui trouve résonance dans toutes les dérives
autoritaristes que connaît notre époque.
Le Dragon, redoutable dictateur cruel et narcissique, bénéficie de l’aval de son peuple pour l’avoir sauvé du choléra.
Le rituel veut que chaque année, il épouse une jeune vierge qu’il tue au sortir de la nuit de noces.
Cette fois-ci son choix s’est porté sur Elsa, la fille du vieil archiviste, qui comme toutes les autres qui l’ont précédée, accepte d’être sacrifiée pour le bien de son pays.
Mais Lancelot, jeune homme fougueux de passage dans la cité, tombe amoureux d’Elsa et refuse de la voir périr. Pour cela, il décide de se battre et de tuer le dragon.
Trois marionnettistes-comédiens, une actrice-récitante et un musicien homme-orchestre conduisent ce spectacle enchanteur et drôle qui se donne sur la plateau de la salle Mehmet Ulusoy du Théâtre Gérard Philipe.
D’une foule de marionnettes pour la plupart similaires, toutes privées de corps émergent quelques identités singulières dont le fringant Lancelot qui apparaît en jambes, en cape et chapeauté, sans doute différent des autres en sa qualité d’étranger à la cité.
La poésie du conte, la peinture d’un peuple soumis, la cruauté d’un dictateur n’excluent pas l’humour.. Un humour qui apparaît dans le texte, le jeu des comédiens, dans la manipulation des marionnettes, dans une vidéo en filmage direct, dans la prestation savoureuse d’un musicien entouré de ses instruments qui fait se croiser une partition sonore, des mouvements chorégraphiques et des interventions vocales.
Chez Johanny Bert, la forme marionnettique est un instrument d’interprétation pour le comédien, un prolongement au jeu scénique.
L’acteur est visible quand il est manipulateur et son corps, qu’il soit personnage ou présence en retrait, reste présent comme un créateur de l’instant, portant un regard sur ce qu’il raconte.
Les hommes sont-ils faits pour être libres ? Ont-ils conscience des carcans qui les immobilisent dans un état de soumission ? Où puiser le courage pour s’opposer à un régime totalitaire ?
Le texte interroge aussi sur la place de l’utopie dans nos sociétés, sur la notion de bonheur collectif…
Le seul léger reproche qu’on pourrait faire à ce spectacle est l’abondance d’un texte parfois redondant. Mais sans cesse, le plaisir reprend l’avantage…
Francis Dubois

Théâtre Gérard Philipe- Centre dramatique national de Saint-Denis-
59 Bld Jules Guesde
93 200 Saint-Denis

Réservations (partenariat Réduc’snes = tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 13 70 00
www.theatregerardphilipe.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Molière »
    C’est dans l’intimité d’un couple célèbre, Molière et Madeleine Béjart que nous invite le dramaturge Gérard Savoisien. On est en 1661, le succès de Molière a été reconnu par le Roi et il est invité à jouer... Lire la suite (11 septembre)
  • « Et si on ne se mentait plus »
    C’est chez Lucien Guitry, au 26 place Vendôme, que se rencontraient, au tournant du XXème siècle pour déjeuner tous les jeudis, ceux qu’Alphonse Allais avait baptisés « les mousquetaires » et qui... Lire la suite (10 septembre)
  • « Pour le meilleur et pour le dire »
    Imaginons une femme hypersensible qui sort d’une histoire d’amour ratée avec un pervers narcissique et qui rencontre un homme vulnérable, amoureux fou d’elle mais qui n’arrive pas à lui confier ses... Lire la suite (6 septembre)
  • « Asphalt jungle »
    Deux hommes désœuvrés sortent de scène à tour de rôle pour frapper quelqu’un. On ne voit pas la victime, on entend juste les coups et les gémissements. Ils demandent ensuite au troisième, un de leurs... Lire la suite (4 septembre)
  • « Tendresse à quai »
    Une jeune femme en tenue de cadre est assise à une table sur un quai de gare. Elle lit un recueil de poèmes de Mallarmé. Un homme arrive et s’assied à une table voisine, l’observe, se dit qu’il a le... Lire la suite (3 septembre)