Année 2005

LANGUES VIVANTES ÉTRANGÈRES AU COLLÈGE : Deux logiques inconciliables

Le 7 juillet seront examinés au
conseil supérieur de l’éducation,
les programmes de collège
après une consultation trop
rapide des collègues cette année.
L’objectif affiché est de prendre
en compte le cadre européen commun
de référence.

Ces programmes comprennent
désormais un préambule commun.
Cependant depuis la consultation,
le préambule a été modifié. Un
paragraphe intitulé « une approche
actionnelle » a été ajouté. Cet
ajout n’est compréhensible que
si l’on connaît le CECR (cadre
européen commun de référence)
et sa visée professionnalisante. Il
introduit une approche utilitaire
de la langue vivante. Bien que le
ministère reconnaisse que les
objectifs du CECR ne sont pas
ceux de l’enseignement des
langues vivantes à l’École, l’ajout
de cette partie impose désormais
cet objectif aux LV en collège.
La langue n’est considérée que
comme un outil, « un instrument »
pour atteindre la réalisation de
« tâches sociales » avant d’être le
véhicule d’une pensée, d’une culture.
Une langue n’est pas seulement
une « compétence à » mais
aussi un savoir contribuant à la
construction des individus, un
rapport de soi à sa pensée et de soi
aux autres.

Les programmes font une part
importante à l’oral et à l’évaluation
de cet oral. Il est clair que
c’est une dimension importante
de l’enseignement des langues
vivantes mais là le balancier est
ramené de trop d’écrit à un oral
omniprésent. Il faudrait trouver
un équilibre entre les activités de
compréhension écrite et orale et
d’expression écrite et orale.
De plus les conditions d’enseignement
en classe entière sont
peu propices à une bonne pédagogie
de l’oral. Il est par ailleurs
nécessaire d’avoir des salles spécialisées
et un vaste plan de formation
des enseignants.

L’ensemble présenté manque de
cohérence, deux logiques inconciliables
sont à l’oeuvre. Car à
l’ancien cadre des programmes
précédents avec des objectifs linguistiques
et culturels, qui ne
posent pas de problème, vient
s’ajouter le CECR qui décline des
capacités correspondant aux certifications
européennes.

Ces programmes nous semblent
inadaptés aujourd’hui compte
tenu de la réalité des classes.
De plus, le ministère veut profiter
de la relecture des programmes de
collège pour imposer le CECR,
les certifications et les groupes
de compétences sans que l’information
sur les enjeux réels ait été
faite auprès des collègues.

Thérèse Jamet-Madec, Gisèle Jean

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