Année 2018-2019

LCA : Timeo Danaos et dona ferentes* (Lille)

En juillet 2017, J-M. Blanquer estimait que les langues anciennes étaient « modernes » et des vecteurs de « lutte contre les inégalités ». En janvier 2018, il s’agissait de remettre « les humanités au cœur de l’école ». Le Monde titrait alors « J-M. Blanquer relance l’enseignement du latin et du grec au collège ». Alléluia ! Les langues anciennes étaient sauvées !

Dans les faits, l’assouplissement de la réforme du collège n’a que peu amélioré la situation des LA et des enseignants de Lettres Classiques : lutte pour le partage des heures de « marge », difficulté de faire appliquer les nouveaux horaires (retour aux 3 heures initiales en 4ème et 3ème) et d’ouvrir de nouveaux groupes... En réalité, le mal était fait et la réforme du collège a bel et bien fait disparaître de nombreux groupes de LA et de nombreux professeurs de LC ont dû se résoudre à des compléments de service ou des mesures de carte scolaire.

Au lycée, le massacre se poursuit et s’est même accentué ces dernières semaines avec la publication, pendant l’été, des arrêtés concernant la réforme. Si les grilles horaires préservent l’enseignement des LA à raison de 3 heures par semaine, ces options ne seraient pas financées mais prises sur la « marge » - servant aussi à l’AP, aux autres options, aux dédoublements... - comme au colège ; donc rien n’assure, dans les faits, leur existence car les établissements devront faire des choix et les enseignants de LC vont devoir jouer des coudes ! Mais dans quel but ? Si l’enseignement de spécialité « Littérature et LCA » existe sur le papier, combien d’élèves le choisiront ou pourront le choisir, puisque tous les établissements ne le proposeront pas ? Surtout, les options latin et grec (actuellement évaluées par un oral et correspondant à un bonus puisque seuls les points au dessus de 10 sont pris en compte coef 3) disparaissent des épreuves finales et n’occupent qu’une part infime dans le baccalauréat : elles n’existent plus que dans la moyenne de l’évaluation des résultats de l’élève au cours du cycle terminal (10%) parmi 10 disciplines. Les élèves qui auront fait l’effort, pendant 6 ans, de suivre 3 heures de cours supplémentaires par semaine (environ 10 % de cours en plus), avec souvent des horaires dissuasifs, verront donc leur moyenne au bac changer de 1 % (à la hausse... ou à la baisse) ! De qui se moque-t-on ? Quels élèves continueront à étudier des disciplines exigeantes aussi peu valorisées ? De manière plus générale, combien de temps survivent des disciplines facultatives qui ne font l’objet d’aucune épreuve terminale ?

Dans son programme éducatif, E. Macron entendait « [remettre à l’honneur] la culture classique » : en condamnant les LA à une mort certaine, nul doute qu’il a porté un coup fatal à cette promesse.

Cécile Delianne

* Je crains les Grecs, même lorsqu’ils font des cadeaux (Virgile, L’Enéide II)

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