Situation et enjeux

US n°788

LE QUART D’HEURE LECTURE Un outil séduisant, mais...

Le « quart d’heure lecture » est en vogue, comme en témoignent les nombreux reportages des journaux télévisés à ce sujet et la demande du ministère aux recteurs de développer « des temps banalisés de lecture personnelle » dans les écoles et les collèges.

L’association « Silence, on lit ! » milite pour la généralisation de cette pratique. Le principe ? Que tout le monde lise, tous les jours, en silence, au même moment de la journée. Cette démarche n’a jamais fait l’objet d’une évaluation nationale mais elle suscite de l’enthousiasme et de nombreux témoignages en listent les bénéfices. Pratiqué souvent en début d’après-midi, ce rituel permet d’apaiser les élèves avant que les cours ne reprennent après la pause déjeuner. Ce moment ­collectif est à même d’être favorable au climat scolaire. La lecture quotidienne permet aussi d’enrichir le vocabulaire des élèves. Il s’agit surtout de susciter le goût de la lecture et de prendre du ­plaisir à lire (même si, en la matière, les discours alarmistes manquent de nuances, comme en témoigne l’étude « Les jeunes et la lecture » de juin 2016 du CNL, Centre national du livre).

Gare aux abus

Pour autant, si le dispositif est alléchant sur le papier, il soulève nombre d’interrogations quant à son organisation. Si ce temps de lecture est pris sur les premiers cours de l’après-midi, il ampute les horaires d’enseignement, ce qui pose problème pour les disciplines à faible horaire en particulier. S’il a lieu avant la reprise des cours, il faut payer les enseignants qui acceptent d’encadrer les élèves. Ce type de projet génère automatiquement une surcharge de travail pour les professeurs-documentalistes (nécessité de mettre à disposition des livres pour les élèves n’en ayant pas, etc.) qui ne peut en aucun cas leur être imposée. Aucune réglementation n’impose de mettre en place ce dispositif, il convient donc aux équipes enseignantes de donner leur accord à sa mise en place et que leurs obligations réglementaires de service et leur liberté pédagogique soient respectées.

Témoignage
« On nous a donné les moyens pour ce dispositif »

Marianne, professeure-documentaliste au collège René-Barthélémy de Nangis (académie de Créteil).

« Pour mettre en place le dispositif, j’ai pris contact avec une collègue professeure-documentaliste qui m’a fait un retour d’expérience. En parallèle, j’ai contacté l’association “Silence, on lit !” qui m’a envoyé un dossier réunissant conseils et outils d’aide à la mise en place du projet.
Nous avons ensuite réuni tous les enseignants pour réfléchir à sa mise en place dans notre établissement.
Nous voulions favoriser la lecture dans l’établissement. Et puis, tout le monde participe, au même moment. C’est extrêmement fédérateur. Le silence obtenu pendant cette activité apaise les esprits et permet aux élèves de se concentrer plus vite. Ils sont ensuite disponibles pour de nouveaux apprentissages.
L’équipe de direction a intégré l’action au projet de l’établissement et nous a donné les moyens pour que le dispositif fonctionne (du temps de concer­tation, des moyens financiers, un cadrage...).
Les élèves ont, dans l’ensemble, bien joué le jeu. Nous avons pu développer de nouveaux types de discussions avec eux. Le projet est très enrichissant. Les quelques retours des parents étaient très positifs.
Nous avons mis en place le dispositif fin septembre, avec les emplois du temps définitifs. Les dix minutes de lecture se déroulent sur un temps de cours, tous les jours. Pour ne pas impacter toujours les mêmes disciplines, nous alternons, une semaine sur deux, un temps de lecture le matin et un temps de lecture l’après-midi. Les élèves doivent avoir dans leur sac un livre de leur choix. Afin de pallier les oublis, nous avons constitué des boîtes d’une dizaine de livres dans chacune des salles de l’établissement.
Le bilan est positif et c’est ­pour­quoi nous reconduisons “Silence, on lit !” l’année ­prochaine.
Nous avons cependant quelques améliorations à apporter. Après une année d’expérimentation, nous pouvons dire que le plus difficile est de garder la mobilisation de tous, toute l’année. »

D’après l’étude « Les jeunes et la lecture » de juin 2016 commandée par le Centre national du livre.

3 heures c’est le temps moyen de lecture par semaine des jeunes de 7 à 19 ans. Ce temps est de 3 h 30 pour les enfants de parents CSP+ et de 2 h 40 pour les parents inactifs.

78 % des jeunes lisent dans le cadre de leurs loisirs, par goût personnel. Le taux est de 95 % pour les filles du primaire et de 61 % pour les garçons scolarisés après le collège.

28 % des jeunes de 7 à 19 ans déclarent lire tous les jours ou presque. Ce taux est de 17 % dans les foyers inactifs et de 36 % dans les foyers CSP+.

1,8 c’est le nombre moyen de livres lus au cours des trois derniers mois pour les élèves de collège. Ce nombre est de 2,3 pour ceux du primaire et de 1,6 pour ceux de l’après-collège.

77 % des jeunes scolarisés en primaire aiment les lectures scolaires, ils ne sont plus que 41 % en collège et 34 % en post-collège.

19 % des jeunes ont déjà lu un livre numérique, 12 % en ont lu plusieurs.

Rubrique réalisée par Benjamin Decornois

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