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jusqu’au 6 mai au Mans

LES PRINTEMPS DU JAZZ Europa-Djazz Le jazz en costume de festival

Michel Legrand l’avait chanté, « tant que durera le temps, le monde aura 20 ans, les amoureux en auront tout autant »(1) et les passionné(e)s de jazz restent dans ces printemps de leurs vies tant que durera le jazz, musique de révolte et de libération, une musique jeune presque par définition, une musique qui souffre d’une image étrange qui lui colle à la peau ces derniers temps, « intello ». Toutes les démonstrations du monde ne suffiront pas pour casser cette image, cette idée reçue. Il ne reste que… les festivals de jazz qui fleurissent comme il se doit au printemps. Ils gardent quelque chose de cette adolescence, de cet entre-deux.

Le premier d’entre eux, dans l’ordre d’apparition sur l’écran, l’« europa djaz », connu aussi comme le festival de jazz du Mans – son point de départ -, a déjà commencé, le 21 avril. Il propose une programmation foisonnante – pour employer l’adjectif de l’éditorial – et un peu étouffante, mais c’est la mode. Il s’est ouvert par un hommage à Sidney Bechet sur la place de la République du Mans, un concert gratuit. Autant de symboles laissent rêveur. Bechet, République et gratuité… quelque chose comme un programme de gouvernement. Faut-il y voir un signe, il se termine le 6 mai !

Du 2 au 6 mai, ce sera la fête. Celle de la contrebasse, du violoncelle, de l’accordéon notamment. Instruments étranges pour les mondes du jazz. Ils se sont convertis à cette musique, non sans mal. Joachim Florent sera seul avec sa contrebasse – ça fait déjà deux ! - le 2 mai, le 5 ce sera au tour de Vincent Courtois avec son violoncelle et, le jour d’avant, le 4 Vincent Peirani et son accordéon. Ils se lanceront dans cette aventure sans filet. Le risque est grand. La réussite sera à la hauteur. Le public est appelé à participer. Il est le troisième élément, essentiel, à cette nécessité de création.

André Minvielle, chanteur fou et rationnel capable de tout intégrer du jazz comme de la chanson française ou même d’un solo d’accordéon de Gus Viseur et de bien autre chose encore, sera l’un des invités de cette édition (le 3 mai). Il sait, comme personne, se saisir d’un rien pour en faire un tout, comme s’il faisait chanter l’Internationale.

Un festival de jazz sans création, ce n’est pas un festival de jazz. Elles seront multiples. Pour faire vivre cette musique.

Joachim Kühn et son trio – Majid Bekas, vocal, gambrit et Ramon Lopez, batterie -, seront aussi présents. Un trio qui mêle les dites musiques du monde, le free jazz, des explosions de percussions pour une musique chaleureuse, humaine – il ne me vient pas d’autre terme pour la qualifier. Un grand moment en perspective si l’on en croit la prestation qu’ils ont donnée à Coutances l’an dernier (le 3 mai). David Murray et son Cuban Ensemble rendront hommage à Nat King Cole, chanteur mais surtout pianiste ouvrant la voie aux beboppers dans cette fin des années 30, début des années 40. Il faudra voir. Les derniers albums du saxophoniste sont un peu décevants mais ses prestations publiques toujours pleines de vie. Il aime la performance et s’y livre sans retenue.

Les duos sont aussi dans l’air du temps. Un de choc, celui constitué par le batteur - qui domine la scène du jazz d’aujourd’hui - Hamid Drake, et d’un saxophoniste, Peter Brotzmann, qui a marqué la scène des musiques dites improvisées de la fin des années 60 et a traversé tous les styles du jazz comme ses contemporains à commencer par Don Cherry. Le 4 mai ce sera saxophone/piano, David Murray/Joachim Kühn pour une revisite au présent des jazz.

Le vendredi soir, à l’abbaye de l’Epeau, un de ces concerts qui promettent. Un trio, Emile Parisien, jeune saxophoniste qui s’est fait découvrir à… Marciac (il a fait partie de l’atelier jazz du collège) pour atteindre la notoriété à… Paris sera en compagnie – confronté ? – à Jean-Paul Céléa, un de ces contrebassistes qui savent tout du jazz et des musiques improvisées, un de ces défricheurs joyeux dont le jazz a besoin et Wolfgang Reisinger, batteur superbe et savant. Emile Parisien aime le risque. Il prend la place de… Dave Liebman avec qui ces deux là ont enregistré des albums qui restent de référence au Label Bleu (2).

Au même programme, la rencontre de deux contrebassistes, Barre Phillips et Joëlle Léandre et de deux accordéonistes, Pauline Oliveros et Pascal Contet, pour une création. Cette fois la parité sera respectée et la musique devrait être percutante. Au-delà des rapports sociaux de sexe, la musique ne connaît pas les inégalités. Le jugement esthétique ne repose pas sur le « genre » mais sur la capacité de création et Joëlle Léandre a démontré sa place dans les mondes du jazz. Comme le disait Mary Lou Williams – compositeure, pianiste, arrangeure, née en 1910 -, sur scène, je suis considérée comme une musicienne à part entière et redevient femme en quittant la scène…

Ce même soir, deux clarinettistes. Louis Sclavis en trio bizarre, Gilles Coronado à la guitare et Benjamin Moussay au piano pour se redonner envie de créer, de faire de la musique en se trouvant bousculé pour retrouver le goût de jouer. Don Byron, quant à lui, présentera son « New Gospel Quintet » pour revisiter les grands thèmes du répertoire des Eglises noires, une façon de faire un travail de mémoire absolument essentiel en ces temps où le passé est trop souvent décomposé et recomposé pour les besoins de mauvaises causes.

En forme d’apothéose, après avoir voté – le 6 donc -, il faudra participer à cette création pour deux pianos, Fred Hersch – un de ces grands pianistes pas suffisamment reconnus – et Benoît Delbecq pour ce double trio – référence évidente à l’album « Free Jazz » d’Ornette Coleman de 1960 – « House of Mirrors », la maison des miroirs dans laquelle se retrouveront Jean-Jacques Avenel – longtemps compagnon de Steve Lacy – et Mark Hélias (contrebasses), Gerry Hemingway et Steve Argüelles, batterie. En deuxième partie de ce dernier concert, un hommage à Tony Levin (mort en 2010) de Tippett/Tippetts/Dunmall/Rogers pour une création qui fera de l’improvisation la plus débridée le personnage central de ce quartet, un instant de joie et de douleur. Cette 33e édition se terminera au son d’un sextet italien – l’Europe se construit ici – sous la direction du violoncelliste Paolo Damiani avec, en invité, le saxophoniste qui défraie toutes les chroniques, Francesco Bearzatti.

Nicolas Béniès.

europa djazz, Le Mans jazz festival, jusqu’au 6 mai 2012,
rens. 02 43 23 78 99, billeterie@europajazz.fr

(1) La valse des Lilas

(2) Le label est en train de renaître de ses cendres après une faillite

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