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Du 12 au 19 mai à Coutances

LES PRINTEMPS DU JAZZ Jazz sous les pommiers Le jazz en costume de festival

Le deuxième tour des présidentielles passé, il faudra s’atteler à la campagne pour les législatives. Le moment aussi pour Jazz sous les Pommiers de commencer sa route. La semaine sera longue. Le temps est immobile mais la durée – avec tout son poids – exercera ses effets. Une semaine chargée. Le samedi 12, le jazz commencera à envelopper la cathédrale de la ville pour ne s’en séparer que le samedi d’après. Pendant cette semaine, la petite ville de la Manche ne se reconnaîtra plus. Le jazz régnera en maître.

Pendant cette semaine, l’association « zone d’ondes » transformera les élèves des classes de terminale bac pro du lycée technique de la Ville en animateurs radio. Cette radio temporaire émettra 24h sur 24. Une expérience à laquelle je participerai. Comme tous les ans, je donnerai aussi une conférence, cette fois le jeudi de l’Ascension – soit le 17 mai, le jour de mon anniversaire – à 14h30 dans la Cave des Unelles, pour proposer un voyage dans le jazz et la chanson française : « Quand une chanson française devient standard du jazz », en prenant l’exemple des « feuilles mortes » devenue « Autumn leaves » dans la langue de Walt Whitman et par la grâce du poète Johnny Mercer ne traduisant pas Jacques Prévert. Une rencontre d’imaginaires.

Un programme pléthorique, un peu épuisant dans cette volonté de couvrir tous les champs – chants ? – du jazz actuel sans parler des « musiques cousines ». Le programme du samedi 12 est à l’image de la volonté des organisateurs. Un mélange de vedettes – sinon de stars, Kurt Elling ou des légendes, Archie Shepp, Hermeto Pascoal – et de découvertes sans oublier les créations ou les artistes en résidence, Thomas de Pourquery en l’occurrence, saxophoniste. Les festivités commencent à 14h30 avec le « collectif jazz de Basse-Normandie », un tentet qui réunit la fine fleur du jazz de la Région Basse-Normandie et au-delà. Ils ne connaissent pas les frontières. Heureusement ! Ils ont pris pour nom « Tante Yvonne ».[1] A découvrir pour une ouverture qui promet. La suite est au même niveau. La saxophoniste baryton Céline Bonacina rencontre le guitariste Nguyên Lê et il faut découvrir – si ce n’est déjà fait – cette voix puissante et originale.[2] Don Byron et « New Gospel quintet » se retrouvera aussi à Coutances après Le Mans – aucune excuse pour le rater… Le soir, si vous n’êtes pas fatigué(e), il faudra découvrir le pianiste qui monte – dont le dernier album est un peu décevant faute de changement de climat – Robert Glasper et son groupe « Experiment ». Et le soir, encore d’autres groupes à découvrir. Une journée particulière et bien remplie. Finir à 1h de ce matin dominical avec « Lettuce tribute » du guitariste Eddy Leclerc est un luxe qui ne se retrouvera pas.

Le dimanche 13 mai est plus familial avec les fanfares du monde entier qui viennent se presser à Coutances pour renouer avec les origines du jazz. Il est né dans la rue et non pas dans les bordels suivant une idée reçue. Il ne faudra pas rater la Marmite Infernale, big band lyonnais toujours aussi créatif ni le Big Band Christian Garros qui tient son nom de ce grand batteur français disparu pour ensuite se diriger vers ce groupe vocal Pink Martini, de quoi faire surgir des vocations chez tous les publics.

D’habitude, le lundi c’est jour de relâche. Logique avec toutes ces musiques entendues, il faut bien respirer. Mais, cette année, le « concert lycéen » sera ouvert aux publics. Donc…

Le mardi 15 démarrera avec un spectacle pour les touts petits, « Le voyage fabuleux de Théophile » à 10 heures et 11 heures. Le soir, le choix sera cornélien ou ne sera pas. D’un côté, Dave Douglas, trompettiste superbe qui nous entraîne vers des drôles de sentiers avec son groupe « Keystone » suivi par rien de moins que le saxophoniste Francesco Bearzatti et son quartet reprenant le thème d’un de ses derniers albums « Suite for Malcom X », de l’autre la soirée blues avec Kenny Neal et une des grandes personnalités de cette musique, Otis Taylor. Là, je ne peux rien conseiller. Il faudra choisir en fonction de vos appétences… et des places disponibles.

Mercredi, la vedette sera le chanteur Kurt Elling, chicagoan pur jus, en compagnie du Scottish National Jazz Orchestra dirigé par le saxophoniste Tommy Smith. Une rencontre inédite… A voir et à entendre. Les derniers albums du chanteur ne sont pas à la hauteur de sa réputation et surtout de son talent. Kurt Elling est sans doute l’un des plus grands vocalistes vivants, dans la lignée de Mark Murphy. Le voir – l’entendre - se soumettre au règne de la marchandise en réalisant des albums qui tiennent de la variété ne fait assurément pas plaisir.

Il fallait aussi de la place à la rencontre des cultures, celle du jazz et de la musique cubaine est un classique mais elle permet de lutter contre cette image du jazz comme musique d’intello. " Ici l’on danse " pourrait être la devise de ce groupe « Ninety Miles » réunissant Nicholas Payton (trompettiste), David Sanchez (saxophoniste) et Stefon Harris (vibraphone) qui, après bien d’autres, magnifie le choc des cultures. Le jazz retrouve sa définition de musique du corps et de l’âme, « Body and Soul » pour tout dire. Le pianiste cubain, Harold Lopez-Nussa, le vendredi, viendra apporter sa touche personnelle faisant une nouvelle fois la démonstration de la place essentielle de l’école de piano de La Havane.

Le jeudi débute à 12h30. Ces concerts à des heures matinales – par rapport à l’heure du coucher – permettent, souvent, de découvrir des musicien(ne)s qui feront l’actualité de demain. En général, ils et elles se livrent, se donnent au public pour des performances qui laissent des souvenirs tenaces. J’en ai de multicolores. Ce jour là, ce sera Perrine Mansuy et son quartet. Le lendemain, vendredi, autre concert qui promet celui de Michel Benita, contrebassiste et son groupe qui réunit une joueuse de Koto.

Richard Manetti, présent ce jeudi, est un guitariste qui promet, essayant de tracer un chemin entre jazz manouche – son père, Romane, est l’un des grands défenseurs de ce style qui doit tout à Django Reinhardt – et musiques d’aujourd’hui. Il sera en compagnie Costel Nitescu au violon et de Samson Schmitt à la guitare.

Renouer avec les « chase », les batailles, les courses poursuite entre saxophonistes et entre orchestres – à l’image de ce qui se faisait dans les dancings des années 30 à Harlem – n’est pas forcément une mauvaise idée. Il faudra donc se précipiter à ce « battle sous les pommiers » réunissant/opposant le quartet de Thomas de Pourquery au quartet québécois de Michel Donato, contrebassiste. La francophonie est en route…

A 18h30, la fête dans la fête. Le groupe d’Hermeto Pascoal, le Brésil dans la Manche, un cocktail inédit et plein de surprises. La journée se terminera – si elle se finit – avec Ibrahim Maalouf, trompettiste né au Liban dont le père a inventé la trompette à quart de ton pour Don Ellis, qui mêle toutes ses musiques et Pierrick Pédron, saxophoniste alto qui ne veut pas choisir entre toutes ses influences.

Il fallait, comme tous les ans, une carte blanche. Ce sera celle donnée au pianiste Baptiste Trotignon qui avait défrayé la chronique lors de la publication de ses premiers albums. Pendant un temps, il a été tenté par le troisième courant – la volonté de faire entrer le jazz dans les canons de la musique symphonique, occidentale – et s’est tourné vers un jeu plus « classique », au sens où il s’éloignait du jazz, et même des jazz. Les musiciens qu’il a voulu réunir marquent un retour au jazz. Tom Harrell, trompettiste superbe et créatif, d’une sonorité reconnaissable entre mille, Stéfano Di Batista, saxophoniste fortement ancré dans le bebop seront tout de même contrebalancés par la présence de Jeanne Added, vocaliste fragile liée à l’esthétique d’ECM. A voir et à entendre le vendredi 18 mai.

Le samedi, un concert qui promet. La rencontre de Archie Shepp et de Joachim Kühn. Duo qui s’était produit à Europa Djazz l’an dernier. Il ne faudra pas le rater. De même celui de Marcus Miller, bassiste essentiel de la scène du jazz (et des autres)…

Cette longue énumération pourtant très incomplète – d’autres groupes, d’autres musiques dont celles de la chanteuse Angélique Kidjo ou la pianiste Rita Marcotulli rencontrant Javier Girotto -, sorte de parcours d’un combattant du jazz n’épuise pas la performance de ce festival qui rejoint ceux de l’été par sa manière d’être hors-norme. Le hors-norme est une des grandes caractéristiques du jazz. Aussi, il faut ajouter, les animations, les spectacles de rue, « la scène aux amateurs », gratuite, qui permet d’entendre des groupes souvent intéressants, les conférences, les débats, les jam sessions dans les caves des Unelles… Tout ce qui fait un festival… et oblige la visite de cette ville au mois de mai. Vous la connaissez cette chanson « J’aime Coutances au mois de mai »…

 

Jazz sous les Pommiers, du 12 au 19 mai 2012, renseignements, 02 33 76 78 68, www.jazzsouslespommiers.com

 

Nicolas Bénies.

 

[1] On ne sait si c’est l’évocation de Madame De Gaulle ou d’autres choses. Les deux ou plusieurs peut-être…

[2] L’album est paru sur le label ACT (distribué par Harmonia Mundi), label qui fête ses 20 ans cette année. On retrouve l’adolescence. Un bel âge pour un label. Ce n’est pas si commun.

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