Année 2018-2019

LYCEES : la carte des spécialités à Paris, le début du vrai visage de la réforme du lycée (Paris)

Alors même que le Comité Technique Académique (CTA) ne s’est pas encore prononcé dans de nombreuses académies, dont la nôtre, le ministre leur a ordonné de la rendre publique avant les vacances de Noël. Belle leçon de démocratie sociale ! La carte des spécialités parisiennes est donc sur le site académique depuis le 19 décembre. Le SNES-FSU Paris l’a transmise via son site quelques jours auparavant, pour que chaque établissement puisse en prendre connaissance.

Le constat est amer : les sept spécialités de base ne seront pas proposées dans tous les établissements, contrairement à ce qu’annonçait le ministre. Le lycée Louis Armand perd SES et Science de l’ingénieur (aujourd’hui existant), Paul Valéry n’aura aucune LCE alors même qu’il y a deux L dans la structure actuelle, Colbert n’offrira pas la spécialité " Humanités, littérature et philosophie " alors même que l’établissement a 2 L et 2 ES actuellement, Lamartine également ainsi que " Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques " alors qu’une L y existe cette année, Claude Bernard perd aussi LCE et " Humanités... " (une première et une terminale L également) tout comme Quinet (1 ES, 0.5 L et 0.5 S) et Villon (1 S, 0,5 ES et 0,5 L). On assiste donc à une « spécialisation » croissante des établissements, en particulier des moins attractifs, qui sont les plus concernés par cette perte des spécialités « de base ». Cela restreint leur offre de formation et ne va pas contribuer à restaurer leur image auprès des familles. Lurçat et Fresnel deviennent uniquement des lycées technologiques (à Lurçat : une TES aujourd’hui, en 2017 1ère et terminale ES, en 2016 il y avait encore 2 secondes, 1 ES et 1 TES ; Fresnel avait une première et une terminale S SI jusqu’à maintenant).

Cette carte rend possible les suppressions de postes annoncées par le ministère pour notre académie (-101 postes si onreprend le mode de calcul habituel et non -42 postes comme annoncé au Comité Technique Ministériel selon un nouveau calcul prenant en compte les HS qui permet de cacher la réalité des suppressions, tour de passe-passe malhonnête que le SNES a dénoncé) : certains seront supprimés dès cette année, d’autres le seront l’année prochaine avec la montée en charge de la réforme. Ces suppressions vont parfois être moins visibles (départ en retraite, disparition de BMP, mutation inter...), parfois plus douloureuses et muter au sein de notre académie risque d’être très compliqué dans les prochaines années. Cette carte annonce également des emplois du temps pénibles notamment à cause des mutualisations des spécialités qui créeront des barrettes entre deux établissements : 20 lycées sont concernés pour la rentrée prochaine. Sans parler du nombre accru de collègues qui risquent d’être en complément de service sur plusieurs établissements, en le découvrant parfois tardivement puisque le nombre de groupes de chaque spécialité ne sera acté qu’après le troisième conseil de classe en juin. La réalité d’une réforme budgétaire est donc de plus en plus visible. Car tout le discours autour du libre choix des élèves de leurs spécialités tombe à l’eau : ils devront choisir parmi les spécialités qui seront dans le lycée dans lequel Afelnet les a affectés. Les dérogations ne seront qu’exceptionnelles (si elles existent, aucune information à ce jour pour notre académie). Or on sait bien qu’à Paris les élèves ne choisissent pas tous leur établissement : l’affectation dépend avant tout des notes obtenues (majorées du bonus boursier). Et pire, on pourra leur refuser dans leur établissement une ou plusieurs spécialités s’il n’y a pas la place nécessaire dans le(s) groupe(s). On ignore complètement comment seront choisis les malheureux qui n’auront pas ce qu’ils demandent : casse-tête en perspective pour les équipes... Seront-ils nombreux à accepter de devoir se déplacer plusieurs fois dans la semaine pour aller suivre une spécialité mutualisée (4h en première, 6h en terminale) ? Ou cette mutualisation ne sera-t-elle qu’un affichage pour gonfler l’offre de certains établissements sur le papier ? Des lycées se sont déjà mobilisés pour dire toute leur colère : grèves, motions, tracts, réunions d’information aux parents... Il faut continuer et amplifier les actions afin de réussir à faire reculer le gouvernement sur cette réforme néfaste.

Aucun dialogue social et tentative pour museler les profs
Le CSE (conseil supérieur de l’éducation) s’est prononcé pour un moratoire des réformes du bac et du lycée, et a voté contre tous les programmes sauf un. Partout dans les académies, lors des groupes de travail, lors des Comité Techniques Académiques qui se sont déjà tenus, le rejet de la réforme est largement majoritaire. Et pourtant le ministre continue d’ignorer les organisations syndicales. Il a ordonné la publication des cartes de spécialités avant les vacances de Noël alors même que les instances de dialogue social que sont les CTA ne s’étaient pas tenues dans toutes les académies. Il a même cherché à museler la profession en instaurant un devoir de réserve auquel nous ne sommes pas soumis. Non, ne nous laissons pas faire ! Continuons à dénoncer les conséquences néfastes de la réforme pour les élèves comme pour les enseignants, sur les réseaux sociaux, lors de réunions avec les parents d’élèves, via des tracts... Signons et faisons signer la pétition de la FSU : https://liberte-expression.fsu.fr

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