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Un film de Samuel Rondière (France)

"La Braconne" Sortie en salles le 2 avril 2014.

Danny est un braqueur fatigué qui s’est spécialisé dans l’agression des habitués des parkings des zones commerciales. Ses victimes privilégiées : les hommes infidèles qui fréquentent l’après-midi les hôtels pour des parenthèses galantes.

Il repère sa prochaine victime, installé au volant de sa vieille "Merco" et le moment venu, il opère selon une stratégie parfaitement rodée.

Quand Danny rencontre Driss qui vit de petits rackets et d’expédients, il reconnaît en lui le partenaire qui lui manque…

Le jeune garçon frondeur et charismatique fera "ses classes" auprès du vieux truand, apprendra les ficelles du "métier" et c’est son attachement à Danny, son entrée dans ce monde violent qui lui permettront de mettre un terme à son insouciance d’adolescent…

Alors que le sujet réunissait tous les ingrédients pour fonctionner sur des clichés, le film de Samuel Rondière prend un tout autre chemin et devient une œuvre sensible, attachante, qui renouvelle complètement le genre.

Si Danny, truand en bout de course qui "brûle ses dernières cartouches" s’attache au "sale gosse" qu’est Driss, c’est qu’il a flairé entre le gamin et lui, une sorte de parenté à laquelle il ne résiste pas.

Il agira sans relâche et sans hâte pour que Driss devienne celui qui l’accompagnera dans les derniers épisodes de sa vie de malfrat.

La façon dont Samuel Rondière dessine ses deux personnages et les livre à une complicité rugueuse, les situations où il les plonge, les décors dans lesquels il les fait évoluer apportent toute sa singularité et toute sa profondeur au récit.

Dans la pratique des rackets qu’ils mènent en duo, se faufile une sorte de grâce que Patrick Chesnais et Rachid Youcef donnent avec une grande virtuosité de comédiens et une parfaite complémentarité.

Il existe chez l’un et chez l’autre des fêlures qu’on pressent mais qui ne seront révélées qu’au moment du dénouement :

Chez Danny dès la première image du film, dans un plan rapproché, quand on déchiffre sur son visage, dans sa posture fatiguée, autant la mélancolie et la lassitude que l’affaiblissement de l’âge et peut-être, le constat global d’une existence médiocre.

Chez Driss, il faudra laisser passer la fougue de l’adolescente avant qu’il ne livre à l’image son vrai visage et laisse transparaître toute l’émotion de son personnage.

Le scénario est parfaitement construit et maîtrisé. Les deux comédiens sont magnifiques. La façon personnelle de filmer ces lieux stériles que sont les ZAC, les magasins et les entrepôts et, derrière eux, ces espaces inidentifiables à la limite de la friche, renforce l’impression de désert moderne…

Un film à ne pas manquer.

Francis Dubois

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