ASH (école inclusive, enseignement adapté, handicap, BEP...)

La Conférence Nationale du Handicap du 11 février 2020 La parole des personnels n’est toujours pas entendue !

Alors que les personnels de l’éducation ont fait leur l’idéal d’une société inclusive, mais qu’ils sont confrontés à des problèmes structurels qui interdisent bien souvent à l’école inclusive d’être davantage qu’un effet d’annonce, la Conférence Nationale du Handicap du 11 février était un moment très attendu. Une fois encore, les avancées sont maigres au regard du chantier en cours.

Commençons d’abord par quelques morceaux choisis :

"Allez dans une classe avec un élève en situation de handicap. Au début de l’année, il y en a toujours pour se moquer. (...) c’est leur propre malaise qu’ils expriment face à ce qu’ils ne connaissent pas (...) Cette classe est à l’image de notre société : elle peine encore à accueillir les siens." Emmanuel Macron

"Il n’est pas toujours facile de faire scolariser son enfant dans un établissement classique, mais si on tombe sur du personnel enseignant compétent, tout se passe bien." Parole d’un parent extraite de la consultation Egalité-Handicap de 2018 et mise en exergue de l’engagement 1 de la CNH concernant l’école inclusive.

Nous retrouvons une énième fois la stratégie usée qui consiste à passer à côté des problèmes réels et clairement identifiés que rencontre l’inclusion scolaire en utilisant le paravent à double épaisseur de la diversion compassionnelle et de la culpabilisation des enseignants.

Voici les points que nous aurions souhaité voir abordés :
- L’inclusion s’accompagne d’une charge de travail supplémentaire (préparation des cours, réunions liées à l’inclusion, concertations...) et d’un accroissement des qualifications des personnels. Quelle reconnaissance ces derniers peuvent-ils attendre pour leur contribution à l’inclusion scolaire ?
- Des promesses ont été faites concernant la formation des enseignants, mais qu’en est-il des personnels de vie scolaire, qui ont pour mission la participation de tous les élèves à la vie des établissements scolaires ?
- Rien n’est dit des psy-EN, pourtant experts en matière de parcours et les plus à même d’épauler les élèves les plus fragiles dans l’élaboration d’une scolarité sans rupture.
- Rien n’est dit également à propos des personnels infirmiers, alors que leur présence est rendue indispensable par des PAI pouvant engager la vie de l’élève.
- Rien n’est dit non plus de l’accessibilité des établissements, qui sont encore très nombreux à être inadaptés à l’accueil des personnes en situation de handicap (élèves, mais aussi parents et personnels).
- Aucun engagement n’est pris concernant les effectifs, alors que le nombre d’élèves par classe reste un élément déterminant de la réussite des inclusions.
- Concernant les collègues AESH, la déception est immense. Aucune annonce n’est faite, alors que les problèmes se sont multipliés depuis la rentrée de septembre entraînant des situations intolérables. La circulaire de gestion du 5 juin 2019 n’y a rien fait.

Les difficultés liées à l’inclusion ne relèvent pas d’un problème de posture (le mythe de la réticence généralisée des enseignants), mais de structure (les moyens : les places disponibles dans les dispositifs, la création de plateaux techniques etc).

Etre indifférent aux conditions de travail des personnels (enseignants, AESH, psy-EN, personnels infirmiers, personnels de vie scolaire), c’est être indifférent aux conditions d’apprentissage des élèves en situation de handicap ! Ce sont bien les élèves inclus et les personnels qui sont lésés de la même manière quand aucune politique ambitieuse en terme de moyens n’est mise en place pour assurer la réussite de l’inclusion.

Certains chiffres annoncés peuvent réjouir : 850 ouvertures d’ULIS en trois ans, 45 nouvelles ouvertures d’UEMA (unité d’enseignement maternel pour autistes) annoncées pour la rentrée prochaine.

D’autres sont de simples éléments de communication : "900 millions d’euros investis depuis le début du quinquennat par l’Education Nationale", "le nombre d’élèves en attente d’un accompagnant a été divisé par deux à la rentrée 2019". Ces chiffres sont éloquents, non par ce qu’ils disent, mais par ce qu’ils cachent : 900 millions investis, mais à combien devrait se monter l’investissement si l’on tâchait de satisfaire les besoins réels liés à l’inclusion scolaire ? Moitié moins d’élèves en attente d’un accompagnant, mais combien d’élèves disposent de l’accompagnement humain qui leur est vraiment nécessaire ?

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