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Un film de Rodrigo Plà (Uruguay-Mexique-France)

"La Demora" Sortie en salles le 20 février 2013

Dans un petit appartement qui les contient à peine, Maria, courageuse mais exténuée, s’occupe de ses trois enfants et de son père, Augustin, qui est en train de perdre la mémoire et nécessite une attention de tous les instants.

Pour ne pas s’éloigner de son domicile, elle travaille chez elle à la machine à coudre pour une entreprise textile qui la rétribue chichement.

Un jour, alors qu’Augustin vient de faire une nouvelle "fugue", elle se présente dans un bureau des services sociaux. Mais elle apprend de la bouche de l’employé que son dossier a peu de chance d’être retenu.

Abattue par la nouvelle, elle perd pied et abandonne le vieillard sur un banc espérant qu’il sera pris en charge par une organisation.

Maria est une femme encore jeune et qui, sans doute, fut belle quand elle avait le temps de s’occuper d’elle-même.

Elle pourrait plaire et mener une vie sociale, mais son travail à domicile, les multiples tâches qu’elle doit accomplir tout au long de ses journées l’ont doucement coupée du monde.

Son désir de femme a, de la même façon, déserté sa vie au point qu’elle est incapable de répondre à l’amitié et peut-être l’amour que lui porte le toujours dévoué Nestor.

Le départ de son père pour une maison de retraite, solution à laquelle lui n’est pas du tout hostile, allégerait considérablement ses journées.

Le film de Rodrigo Plà décrit au fil des gestes d’un quotidien devenu mécanique comment une femme courageuse et toujours digne dans sa pauvreté peut en arriver à "l’accident émotionnel" qui s’est produit, comme si quelque chose s’était rompu en elle et lui fait abandonner son père sur la place publique.

Un geste qu’elle n’a prémédité à aucun moment, mais qui tout à coup s’est imposé à elle, qu’elle est même sur le point d’assumer avant de se ressaisir.

Rodrigo Plà ne juge pas le geste de cette femme sans perspective. Il n’accentue ni les émotions, ni les situations, comme s’il voulait laisser le spectateur libre d’être ému ou pas Il ne tombe pas non plus dans le misérabilisme et au lieu d’insister sur l’exiguïté de l’appartement qui oblige Augustin à dormir sur le canapé de la salle à manger et Maria dans le même pièce que ses trois enfants, il préfère insister sur les objets nombreux qui sont le témoin d’une vie antérieure bien plus confortable à laquelle Maria fait, à l’occasion mais sans insister, allusion.

Quelle a été la vie de Maria avant de se trouver là ? Avec son père, ont-ils toujours séjourné sous le même toit ? Qui était le père des trois enfants ? Existe-il encore ?

La force du récit tient au fait que le film se ramasse sur le seul présent, et que le personnage pragmatique de Maria ne se retourne jamais sur son passé. La narration est si dépouillée du superflu que le spectateur entre dans l’intimité de cette famille comme par effraction.

L’image est particulièrement soignée qui, grâce au format cinémascope, permet d’avoir toujours deux personnages nets dans le cadre et d’autres personnages secondaires qui peuvent apparaître flous dans la profondeur de champ.

"La Démora" faire penser à un cri silencieux longtemps retenu au fond de soi par dignité ou pas résignation.

Francis Dubois

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