Actualité théâtrale

Au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

"La Ménagerie de verre" de Tennessee Williams, mise en scène Jacques Nichet

"La Ménagerie de verre" fut au départ un scénario de cinéma. Face aux réticences des producteurs, TennesseeWilliams en fit une pièce de théâtre qui fut son tout premier succès. Avec en toile de fond la crise de 29, la pièce qui réunit les membres d’une famille défaite à la suite du départ du père reste, avec sa construction en flash-back, d’une facture très cinématographique. Tom, le fils est le narrateur. Des années plus tard, au milieu d’un de ses lointains voyages, il se souvient du petit appartement de Saint-Louis où il vivait avec sa mère et sa sœur, jeune fille fragile dont la seule occupation était d’animer sa collection animaux de verre.
"La ménagerie de verre" avec ses personnages pathétiques et décalés peut être lue comme une pièce sombre. La crise sévit et la famille se débat mollement face aux difficultés. La mère essaie de vendre à ses connaissances des abonnements à un journal. La fille qu’on croyait étudiante en commerce a déserté les bancs de l’école à cause de sa timidité maladive, et le fils qui végète dans un entrepôt de la ville passe le plus clair de son temps libre dans les salles de cinéma où, face aux aventures filmées, il assouvit son désir de voyages et d’océans..
La pièce est découpée en scènes de durée variable qui correspondent chacune à un souvenir différent et les événements, passés par le prisme de la mémoire, en échappant au traitement réaliste, versent dans une tonalité entre poésie, drôlerie et cruauté frontale. La valeur émotionnelle de chaque souvenir privilégie certains détails et en atténue d’autres, joue sur les redites du dialogue, sur la répétition de scènes et sur le fonctionnement du rituel.
Le texte peut se prêter à une mise en scène naturaliste mais ce serait à coup sûr le trahir. En tout cas, ce n’est pas la direction qu’a choisie Jacques Nichet.
Luce Mouchel, avec un mélange d’énergie et de candeur donne au personnage d’Amanda, la mère, une drôlerie qui renforce le pathétique. On rit à ses réparties de mère abusive, à chacune de ses trouvailles gestuelles mais toute l’émotion reste en réserve. Il en est de même, mais dans une autre tonalité, de Tom. Et les dernières scènes entre Jim et Laura sont un magnifique moment de théâtre.
La projection d’images sur écran était prévues par l’auteur. Que celles-ci fassent allusion au contexte politique du récit, au désir d’évasion du fils, ou qu’elle reprennent avec une certaine malice une simple phrase du dialogue, elles échappent totalement au phénomène de mode qui veut qu’une vidéo accompagne de plus en plus souvent les comédiens sur le plateau.
Jacques Nichet a choisi le risque. D’un bout à l’autre, la pièce se joue sur le fil du rasoir avec une scénographie et un jeu des comédiens en constant équilibre. Le résultat est magnifique. Il faut vite aller voir "La ménagerie de verre" au Théâtre de la Commune.
Francis Dubois

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers.
2 rue Edouard Poisson 93 304 Aubervilliers cedex
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

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