Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Agusti Vila (Espagne)

"La Mosquitera" Sortie en salles le 19 octobre

Agusti Vila le revendique : il a voulu faire avec "La Mosquitera" un film d’un ton mineur. C’est vrai que sa réalisation diffuse une petite musique narrative très personnelle. Mais qu’on ne s’y trompe pas, derrière une façade drôle, toute faite de détails et de fines observations, le film est la critique cruelle d’un microcosme pris en étau dans le monde étroit qu’il s’est forgé.

Une famille citadine bourgeoise baigne dans un univers confortable sous le sceau du cliché.
Le père est un homme strict, rigoureux, un père efficace, un mari presque exemplaire jusqu’au moment où vient le surprendre, dans son existence jusque-là sereine, une attirance pour la jeune femme de ménage qu’il vient d’engager.

La mère qui se voudrait très proche de son fils, tombe sous le charme adolescent d’un lycéen. Le fils en état de crise, a rempli l’appartement de chiens et de chats, un caprice encombrant qui cache quelques désarrois.

Tous entretiennent un sentiment latent de culpabilité vis-à-vis de l’autre.

Lorsque la fêlure survient, les événements se précipitent mais là où un autre cinéaste aurait fait le choix d’exprimer le malaise par des faits saillants, Agusti opte pour un ton feutré, une fluidité de mise en scène avec lesquels il rompt en introduisant dans son récit, des éléments surprenants qui créent le malentendu et provoquent entre les personnages une vague de confusion qui les submerge donnant lieu à des situations tour à tour comiques et tragiques.

C’est d’une normalité toute quotidienne hérissée de légers dérapages, que surviennent un suspens et une tension à peine perceptibles mais qui pourraient à tout instant être perçus comme les prémices du drame.

Les situations stéréotypées sont court-circuitées par l’intrusion naturelle mais surprenantes des animaux dans l’appartement autant que par des dialogues décalés qui semblent chercher à créer un état de fausse sincérité, peut-être dans le but d’échapper à une réalité redoutée, qui frôle de très près la cruauté et le dépassement des limites de la morale.

Les interférences comiques évitent aux personnages d’être dans la caricature et dans le contour prévisible.

C’est sans doute parce que le récit n’accable jamais les personnages, ne porte sur eux aucun jugement, qu’il les laisse libres de leurs agissements, qu’ils deviennent attachants jusque dans leurs dérives qui ne sont en réalité qu’une lutte qu’ils mènent contre leur double.

"La Mosquitera" est un mélange de mélodrame social et de franche comédie sur l’impossibilité d’accéder à la tragédie.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • "Les citronniers"
    Dans un petit village situé à la frontière de la Cisjordanie et d’Israël, Salma exploite avec la seule aide d’un vieil ouvrier, une plantation de citronniers. Or, le ministre israélien de la Défense... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Children"
    Longtemps, l’Islande a été utilisée surtout comme décor naturel pour des productions cinématographiques. Mais depuis peu, une génération de cinéastes est apparue parmi lesquels Baltasar Kormakur avec "The... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Rome plutôt que vous"
    "Rome plutôt que vous" est à plusieurs titres une œuvre passionnante. D’abord parce qu’on doit ce film à un jeune réalisateur algérien qui y mène de front un portrait de l’Algérie actuelle -nous sommes... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Dans la vie"
    Philippe Faucon est connu pour la qualité de ses films de fiction sur des sujets de société, en particulier pour celui consacré à la guerre d’Algérie "La trahison" (en 2005) et il a été primé à Cannes... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Retour à Gorée"
    Après Myriam Makeba dans les années soixante, ou Manu Dibango une décennie plus tard, Youssou N’Dour joue un rôle essentiel pour la musique africaine. Retour à Gorée raconte comment et avec une farouche... Lire la suite (Avril 2008)