Actualité théâtrale

Jusqu’au 1er février au Théâtre de L’Aquarium

« La Place Royale », de Corneille

Alidor et la belle Angélique s’aiment, mais Alidor trouve que cette passion occupe trop ses pensées et est un obstacle à sa liberté. Il provoque sa rupture avec Angélique pour rester libre, mais celle-ci, désespérée, accepte alors subitement d’épouser Doraste, le frère de son amie Phylis, alors qu’Alidor, qui veut tout soumettre à ses désirs, a prévu son destin. Elle doit épouser un autre lui-même, son ami Cléandre. Il construit un projet en ce sens, qui ne se déroulera pas du tout comme prévu.

Corneille a vingt-huit ans quand il écrit cette pièce qui parle de la jeunesse, de la puissance du sentiment amoureux. Elle est la quintessence du théâtre de Corneille avec ses situations poussées à l’extrême, ses retournements inattendus et surtout son interrogation sur la liberté et la maîtrise de soi.

Théâtre : La Place Royale

La Place Royale était au XVIème siècle le lieu où à l’ombre des arcades se retrouvaient les jeunes du tout Paris aristocratique. C’est sur cette scène, tantôt parquet comme celui d’un palais, tantôt couverte de feuilles grises comme autant de cendres où s’ensevelit Angélique, que vont se dérouler les joutes. Les comédiens sont vêtus de costumes modernes, ce qui permet de faire résonner la modernité des sentiments, car ces jeunes gens aiment à en mourir, pleurent, se font mal, sont prêts à tout pour donner la priorité à leurs désirs et tant pis pour la douleur de l’autre, celui que l’on trompe, que l’on trahit. Tous les acteurs sont excellents. Ils se déplacent, s’étreignent, tombent, se repoussent avec violence, se frappent même. Dans leur bouche les alexandrins coulent et pourtant on entend chaque vers, on les goûte comme on ne les a jamais entendus au lycée. Christophe Laparra campe un Alidor capable de passer de la violence des sentiments amoureux à la perversité qui le mène à manipuler Angélique pour la plier à ses desseins et à finalement la détruire. Hélène Viviès se transforme d’une Angélique amoureuse passionnée dans sa petite robe à bretelles, son collant et ses bottines noires en un personnage grave et digne dans sa longue et élégante robe blanche. En contrepoint il faut surtout saluer Linda Chaïb, une Phylis piquante, vive, drôle et coquette dans sa petite robe rouge. Elle aussi se méfie de l’amour passion, elle aussi défend sa liberté mais sur un mode léger en amoureuse des plaisirs de la vie.

C’est, paraît-il, une comédie de Corneille, mais une comédie dense, cruelle, qui nous parle toujours et dont la langue nous émerveille.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h

Théâtre de l’Aquarium

La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre

75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

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