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Un film de Guillaume Nicloux (France-Allemagne-Belgique)

"La Religieuse" Sortie en salles le 20 mars 2013

XVIIIème siècle. Suzanne est la cadette de la famille Simonin. Ses deux sœurs aînées sont destinées au mariage et à une vie de famille. Elle, à l’inverse, a été "programmée" par ses parents pour rentrer dans les ordres alors que bien qu’habitée par une foi profonde, elle aspire à vivre dans le monde.

Au couvent où elle entre sur l’insistance de ses parents, elle est confrontée à l’arbitraire de la hiérarchie ecclésiastique et découvre tour à tour, chez les mères supérieures successives qui l’accueilleront, bienveillance, cruauté et excès d’amour.

Face à la barbarie du couvent, elle poursuit avec un mélange de foi intense et de résistance, l’objectif dont elle ne se départira pas, quelque soient les obstacles : celui de retrouver quoiqu’il lui en coûte, sa liberté.

Elle finira par découvrir la vraie raison pour laquelle le choix de ses parents avait été pour elle celui du couvent.

Guillaume Nicloux compose son film de deux parties distinctes.

La première, située au couvent Sainte Marie où Suzanne est tour à tour accompagnée de l’amitié bienveillante et compréhensive de la mère supérieure, Madame de Moni puis tenue de se soumettre à la cruauté sans limites de Sœur Christine, lorsque Madame de Moni décède.

Elle perd dans le même temps le soutien de Sœur Ursule, sa confidente et amie, mais l’obstination de Maître Manouri à lui venir en aide portera ses fruits même si les démarches sont longues et les obstacles nombreux.

Guillaume Nicloux semble moins inspiré dans la partie de son film consacré au Couvent Saint-Eutropre .Et même si le jeu d’Isabelle Huppert en mère supérieure déjoue les pièges du rôle, en le stylisant jusqu’à flirter avec la caricature, et si Pauline Etienne y est tout aussi parfaite, l’épisode de Saint-Eutrope n’a ni la vigueur ni l’émotion des chapitres précédents.

On pouvait se poser la question de savoir si après "La religieuse" que réalisa Jacques Rivette, une autre adaptation cinématographique du roman de Diderot s’imposait.

Si le film de Jacques Rivette était austère et de facture théâtrale, celui de Guillaume Nicloux est tout à l’inverse.

Son choix était de ne surtout pas rentrer dans le stéréotype du film minéral et misérabiliste et dans le mythe d’une vie monacale austère.

Guillaume Nicloux, avec son décorateur Olivier Radot, ont fait la découverte, en Allemagne, de deux couvents désaffectés mais quasiment inchangés depuis trois siècles. Ils se sont appliqués à redonner à ces établissements, le faste et l’opulence des couvents de l’époque où l’on priait, bien sûr, mais où l’on mangeait bien, riait, dansait parfois.

Le metteur en scène a procédé de la même façon avec Anaïs Romand, sa chef costumière, ainsi qu’avec Yves Cape son chef opérateur afin de débarrasser son film de l’image traditionnelle du couvent poussiéreux et de donner à l’image, quelque chose de plus chatoyant, de presque chaleureux.

Il résulte du soin donné à "travailler" sur les intérieurs, à leur restituer leurs boiseries et leurs cuivres, une ampleur que viennent confirmer les extérieurs photographiés dans toute leur profondeur de champ.

A ces qualités s’ajoutent certains interprètes de grand talent.

Pauline Etienne qui joue Suzanne est magnifique, juvénile, d’une grande sensibilité et justesse de jeu. On peut ajouter à son nom prometteur celui de Françoise Lebrun dont certains (et bien trop rares) cinéastes se souviennent qu’elle fut une actrice remarquable dans " La maman et la putain" de Jean Eustache. Marc Barbé, François Négret et Lou Castel sont parfaits dans des seconds rôles et, dans de courtes apparitions, Alice de Lencquesaing et Agathe Bonitzer sont très bien aussi ;

Il faut voir cette nouvelle version cinématographique de "La Religieuse ", savourer son dénouement heureux, grand’ ouvert sur le monde.

Francis Dubois

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