Actualité théâtrale

au Théâtre des Amandiers à Nanterre

"La République de Platon" Jusqu’au 8 décembre

Dans la villa du vieux Céphale se trouvent réunis Socrate, Polémarque, le fils de Céphale, Thrasymaque et quelques amis. Entre eux démarre un dialogue sur la justice. Qu’est-ce qu’un individu juste ? Qu’est-ce que la justice dans la cité ? Par ses questions et à l’aide de contre-exemples, Socrate va s’employer à démonter la définition du juste selon Polémarque : rendre à chacun ce qui lui est dû, faire le bien à ses amis et le mal à ses ennemis. Ce faisant Socrate amène Polémarque à douter des valeurs de sa caste et entraîne l’intervention agressive de Thrasymaque (« Les questions, c’est facile, les réponses ça l’est moins »), qui affirme que la justice est l’intérêt du plus fort. Par ses questions, là encore, Socrate va essayer d’enfermer Thrasymaque dans ses contradictions.

Grégoire Ingold avait monté le livre I de La République en 1999 au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis. Le philosophe Alain Badiou, qui avait assisté à une représentation, s’est attelé au texte original et en propose ici une traduction vivante car débarrassée des oripeaux de la traduction classique. La composition du texte, l’ordre des arguments sont respectés mais la « traduction » rend le texte actuel. Ce qui nous est offert ici est une preuve, comme le dit G. Ingold, le metteur en scène, que la philosophie est vivante, qu’elle peut s’improviser dans la rue, au café et entre amis. « Nul n’a besoin d’être savant pour se risquer au jeu de la dispute. Les dialogues philosophiques sont un genre à part entière, son public est populaire, son exercice est ludique et vivifiant ».

Ici, les spectateurs sont intégrés à la dispute. Il n’y a plus de scène à proprement parler. Les spectateurs se répartissent un peu partout, y compris près des acteurs, eux-mêmes parfois installés dans des fauteuils. Au début de la pièce, les acteurs allument de multiples bougies réparties dans l’espace de jeu. Elles marquent le début de la joute et seront éteintes à la fin du spectacle. Ne sont-elles pas là aussi pour éclairer nos esprits stimulés par le dialogue ? Un piano sur lequel l’un ou l’autre va jouer contribue à créer des pauses afin que le spectateur ne se laisse pas chavirer par le rythme des arguments qui s’enchaînent. Les participants au dialogue s’interpellent, se moquent de l’adversaire et de ses références. La langue modernisée fait qu’on pourrait se croire dans un amphi d’étudiants ou sur les bancs de l’Assemblée Nationale, quand le débat s’élève. Les acteurs se déplacent, se lèvent, s’asseyent, les idées ne sont plus des abstractions, elles s’incarnent. Le mur devient même tableau noir pour illustrer la progression du raisonnement qui conduit à enfermer Thrasymaque dans ses contradictions. Sur le visage des acteurs, dans leurs intonations, se lisent la réflexion, la volonté de convaincre, de déjouer les pièges du raisonnement de l’adversaire, l’ironie à l’égard d’arguments faibles. On peut citer particulièrement Redjep Mitrovitsa dans le rôle de Socrate et Yves Beauget dans celui de Thrasymaque, mais tous sont excellents.

C’est une proposition originale et on sort de ce spectacle persuadé que la philosophie est bien vivante et qu’un théâtre d’idées peut être passionnant.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h, le jeudi à 19h30
Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00

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