Actualité théâtrale

Jusqu’au 21 avril au Théâtre du Lucernaire

"La Rimb" Partenaire Réduc’snes

La Rimb, c’est ainsi que Rimbaud nommait sa mère, Vitalie. Elle est là devant nous, seule dans sa ferme des Ardennes et elle parle de son fils bien sûr, mais aussi forcément d’elle. Elle clame que le vrai Rimbaud n’est pas le poète encensé par ces « parasites de littérateurs parisiens », mais le colon respectable et respecté qui s’est enrichi du commerce de l’or et de l’ivoire en Afrique. Elle crache à ces littérateurs qu’ils n’ont pas à juger un écrivain et sa mère non plus. Elle a choisi l’ordre, le travail, la famille, la patrie et la religion. Elle a voulu la même chose pour son fils et elle clame que « la poésie est une maladie », qu’elle a tous les droits et que même mort, ce fils, elle le gardera.

Pourtant même si elle proclame que son fils a abandonné « sa première carrière » parce qu’il avait le sentiment que c’était bien, lui donnant ainsi raison, le doute l’assaille parfois et elle s’interroge, revient sur sa vie, sur sa jeunesse et sur les valeurs qu’elle a tentées d’inculquer à ce fils.


C’est ce beau texte écrit par Xavier Grall, poète et ancien journaliste du Monde, que Jean-Noêl Dahan a choisi de mettre en scène. La scène est plongée dans la pénombre, la Rimb enveloppée dans un vieux manteau est assise dans un fauteuil, une bassine à ses pieds. Un lustre à pampilles éclaire faiblement l’espace. On entend des bruits d’orage et une pluie incessante qui noie les Ardennes. Le lustre dégringole par saccades lorsque les interrogations de la Rimb se font plus pressantes.

Martine Vandeville est la Rimb. Sur son visage, dans le mouvement de ses mains passent la douleur physique, une sciatique qui lui vrille le dos, et les émotions les plus diverses : sa méchanceté, son avarice, mais aussi le doute et un sentiment diffus de culpabilité dont elle essaie de se dédouaner. Tout en soliloquant, elle se lève de son fauteuil et avance sur un plancher dont les lattes flexibles l’obligent à un léger effort pour garder l’équilibre, à l’image de ce qui se passe dans sa tête. Sa voix passe du chuchotement au cri, de la douleur de la mort de son fils, « le préféré », à l’âpreté de la vieille propriétaire terrienne réactionnaire, sûre de son jugement – le vrai Rimbaud est le colon respectable de la fin et non le poète homosexuel et maudit – à une femme qui doute. Martine Vandeville fait passer tout cela avec un talent exceptionnel.

Micheline Rousselet

 

Du mardi au samedi à 19h

Le Lucernaire

53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris

www.lucernaire.fr

 

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

 

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Dans les forêts de Sibérie »
    Après avoir voyagé à vélo autour du monde, puis marché à travers l’Himalaya, chevauché dans les steppes d’Asie Centrale, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson s’est décidé à choisir l’immobilité en... Lire la suite (16 octobre)
  • « Jungle book »
    Tout enfant s’est un jour entendu raconter l’histoire de Mowgli, ce petit d’homme adopté par un couple de loups, dont Rudyard Kipling a fait une ode à la tolérance. Dans la jungle Akela, le père loup,... Lire la suite (15 octobre)
  • « Sabordage »
    O Après Blockbuster, où elle dénonçait les effets de la cupidité globalisée, portée par un système ultralibéral faisant passer le profit avant toute autre considération, l’inventive troupe liégeoise Le... Lire la suite (13 octobre)
  • Des reprises à signaler
    Voici 3 spectacles que nous avons chroniqués et qui sont repris cette automne. Pour ceux qui les auraient loupés ou qui voudraient les revoir ! « Jeanne Plante est chafouin » les lundis à 20h30... Lire la suite (12 octobre)
  • « Les causeries d’Emma la Clown »
    Il y a maintenant vingt ans que Meriem Menant a crée son personnage d’Emma la clown avec sa chemise de flic bleu clair et sa cravate, sa jupe plissée qui pendouille et ses chaussettes qui godillent,... Lire la suite (11 octobre)