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Un film d’Eugène Green (France-Italie)

"La Sapienza" Sortie en salles le 25 mars 2015.

Alexandre Schmid qui est, à cinquante ans, l’un des plus brillants architectes de sa génération vient de recevoir une récompense prestigieuse pour ses derniers travaux.

Au moment de se réjouir de ce "couronnement", il apprend du rapporteur d’une commission réunie à son sujet, que son futur projet ne convient pas totalement et qu’il lui faudra y apporter certaines modifications.

Face à son refus d’apporter le moindre changement à quoi que ce soit touchant à son "œuvre", il se voit imposer un délai de deux mois pour "revoir sa copie".

Alexandre décide alors de partir en Italie, où il se consacrera à l’écriture d’un ouvrage sur Francesco Borromini, un architecte qui débuta comme créateur d’ornements sur l’édification de la Basilique de Rome.

Au cours d’une promenade, Alexandre et son épouse Alienor assistent au malaise d’une jeune fille. Ils viennent en aide au garçon qui l’accompagne et découvrent que Goffredo et Lavinia sont frère et sœur, que l’adolescente est coutumière de ce genre de malaises.

Les deux couples se revoient et se lient d’autant plus d’amitié que Goffredo se destine à des études d’architecture.

Quant à Alienor, elle rend de fréquentes visites à Lavinia qui doit attendre, dans son lit, les signes de sa prochaine guérison.

Cinema : La sapienza

Du couple mari-femme et de celui de frère-sœur, on passe insensiblement à ceux de père-fils et de mère-fille. Entre Alexandre et Goffredo, la répartition maître-élève s’estompe au fur et à mesure des rencontres. Alexandre se surprend à apprendre autant de sa relation avec Goffredo que celui-ci apprend de lui.

Ni l’architecte ni son élève n’imaginent se destiner à des œuvres néo-borrominiennes.

La leçon qu’ils retiennent de l’œuvre du grand Tessinois, c’est que les formes architecturales le plus douées de vie ne sont pas celles qui naissent de règles toutes faites, mais celles qui sont le résultat d’une imagination créatrice.

Ils découvrent chez Borromini, ce qui doit être le but de l’architecte à toute époque, à savoir, donner aux habitants des espaces où ils pourront trouver l’esprit et la lumière.

L’avancée du récit d’Eugène Green reconsidère les règles de la transmission. Les personnages, comme s’ils avaient "remis les compteurs à zéro" pour repartir sur des bases nouvelles, échappent au concept selon lequel la transmission peut s’opérer en dehors des schémas habituels.

La transmission des connaissances et de l’expérience est ici reconsidérée.

Si les adultes ont un savoir et une expérience qui peuvent être précieuses à l’apprenti, celui-ci, comme adolescent, dispose d’intuitions naturelles qui n’ont pas été encore émoussées par la vie sociale et l’usure et contribuent à rajeunir et à ouvrir des portes à la pensée de leurs aînés.

Tout en prenant en considération les obstacles qui jalonnent nos vies, les empêchements émanant de la soumission aux idées toutes faites, le règles et leur rigidité, Eugène Green donne à son récit qui échappe à toute "leçon" définitive et propose un film d’une grande liberté où les ouvertures sont nombreuses.

Les clichés qui constellent volontairement son film, tant dans les dialogues, les situations que dans l’image sont autant de portes ouvertes pour une réflexion libre, hors des sentiers battus.

Il y a de la gravité dans " La S apienza", de la mélancolie mais il y a également de l’humour d’autant plus réjouissant qu’il survient de façon inattendue.

Si le film d’Eugène Green est d’une grande rigueur formelle, il fait surtout figure d’œuvre libre, presque "buissonnière"

Une belle œuvre sur les idées reçues et la transmission de la connaissance…

Francis Dubois

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