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Un film de Marco Amenta (Italie)

"La Sicilienne" Sortie en salles le 13 mai

Marco Amenta dont "La sicilienne" est le premier long métrage de fiction, déclare que s’il a proposé à Gérard Jugnot le rôle du procureur dans cette histoire de mafia, c’est que tous les grands acteurs italiens auxquels il pensait avaient, au cours de leur carrière, déjà joué les personnages de Borsellino, Falcone ou d’un autre juge connu.
Est-ce à dire qu’il reste peu de grands acteurs italiens ou que la mafia a déjà servi de sujet à un bien grand nombre de films ?
Les américains et les italiens auraient-ils, à force de le traiter, tari le filon ou bien existait-t-il encore le moyen de réaliser un autre film et non pas un film de plus, sur la mafia ?
Marco Amenta, en tout cas, ne renouvelle pas. Il ne cherche pas à innover. La singularité de son récit est d’en avoir fait une histoire universelle. En 1997, alors qu’il est photo-reporter, il réalise "Diaro di una siciliana ribelle", un premier documentaire construit autour d’interviews de mafieux, de témoignages et de documents percutants, dans lequel il tente de débarrasser le sujet des stéréotypes américains et des clichés sur les hommes d’honneur.
Il réalisera par la suite, en 2004 et 2005, deux autres documentaires dont le Docu fiction "Il fantasma di Corleone" qui, sorti en salles en 2007, dix jours après l’arrestation de Povenzano, remporte un grand succès en Italie.
Après ces trois documentaires, il ressent la nécessité de tourner une fiction, un genre plus ouvert qui permet d’aller au-delà de la chronique et des noms, de donner au sujet une autre liberté et plus d’ampleur narrative.
"La sicilienne" s’inspire d’un fait divers vieux d’une quinzaine d’années. L’héroïne en est Rita, une jeune fille tout juste sortie de l’adolescence. Du haut de ses dix sept ans, elle décide, à la barbe de tous et au risque d’être accusée de trahir les siens, de rompre la loi du silence et de venger par un combat juridique, la mort de son père et de son frère, assassinés par la mafia.
Pour échapper aux dangers qui, dès lors, la menacent, elle s’exile à Rome où elle vit sous un faux nom, protégée par un juge anti mafia qui se prend de sympathie pour elle et sa détermination à se battre, et la soutient dans sa lutte.
Marco Amenta fait le récit d’une résistance à l’oppression, d’une rébellion sans faille contre un pouvoir tout puissant et macho. C’est ici la mafia mais il pourrait aussi bien s’agir du nazisme ou d’une dictature sud-américaine puisque le journal qu’a toujours tenu Rita et qui a eu valeur de preuves au moment du vrai procès, s’il relate une enfance et une adolescence bien siciliennes, a les accents d’un témoignage universel.

© Giulio Azzarello

L’originalité et la force du film doivent beaucoup à sa distribution. Gérard Jugnot joue le procureur. Il en fait un petit homme rondouillard et effacé, en apparence plus proche du rond de cuir que du héros. Veronica d’Agostino, comédienne novice, réussit avec une énergie rare, une âpreté sauvage, à hisser son personnage au rang des héroïnes de tragédie.
Il y a sans doute beaucoup de sincérité chez Marco Amenta dans la façon de traiter un sujet qui lui tient à cœur et l’efficacité de sa mise en scène n’est pas mise en doute, la construction est solide, l’interprétation irréprochable, la reconstitution rigoureuse et fidèle à la réalité des faits. Il n’en demeure pas moins que parfois, malgré toutes ces qualités réunies, on a une impression de déjà vu.
Francis Dubois

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