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Un film de William Véga (Colombie-France-Mexique)

"La Sirga" Sortie en salles le 24 avril 2003

Seule survivante de la violence armée, après avoir vu mourir la totalité de ses proches, Alicia trouve refuge chez Oscar, seul membre de sa famille encore vivant, dans son auberge lacustre.
L’établissement dont la bonne marche a été stoppée par la situation politique du pays et les problèmes économiques qui en ont découlé est dans un état de quasi abandon.
En retour de l’hébergement, elle prend la décision de le remettre en état afin d’y accueillir, à la prochaine saison, d’éventuels pensionnaires. Mais le retour de Freddy, le fils qu’Oscar a attendu pendant des années et sa possible appartenance aux forces armées, remet Alicia sur le qui-vive.

Le film de William Véga est, à l’image de son personnage principal, une sorte de parenthèse hors du temps, mutique et mystérieuse. Le décor situe le récit dans le monde rural profond et dans les paysages de la lagune au Sud-Ouest de la Colombie, près de la frontière de l’Equateur. Le seul moyen d’y circuler est la barque et cet isolement tient à distance chacune des habitations d’une existence collective.

L’auberge isolée dans laquelle vit Oscar pourrait être une métaphore de la Colombie. Le toit de l’établissement est abîmé, les murs construits avec la boue argileuse extraite de la lagune sont fragiles et l’ensemble de la bâtisse donne une impression d’inachevé, de précaire. Il se pourrait bien que des intempéries entraînent un jour son effondrement. La maison tout comme les personnages, le village et le pays, semble vivre dans une situation de transition reconduite.

On ne saura jamais, tant le personnage d’Alicia est peu bavard, peu communicatif, ce qui la guide dans son sursaut de renaissance. Veut-elle prendre une revanche sur les événements tragiques qu’elle à connus ? Veut-elle croire à un avenir possible avec la restauration de la maison, avec l’espoir que des visiteurs viendront dès les premiers beaux jours et qu’une vraie vie reprendra son cours ? Sait-elle que ses actions sont vaines et malgré tout, persiste-t-elle dans son projet ? Ou bien lui reste-t-il au fond de l’âme assez de candeur pour conduire son projet jusqu’au bout et y croire ?

Si "La Sirga" est un film souvent muet, plus offert aux bruits de la nature environnante qu’aux échanges verbaux entre les personnages, ce n’est pas pour autant un film silencieux et il y a dans la trame du récit, assez d’événements souterrains pour que la narration quoique lente, ne soit jamais ennuyeuse.
Une œuvre forte, très belle, à découvrir. La photographie est magnifique.
Francis Dubois

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