Actualité théâtrale

Théâtre 13/Jardin, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 23 juin 2013

"La bande du Tabou" Création collective de comédiens et musiciens du Studio d’Asnières.

La période qui a suivi la seconde guerre mondiale a été l’âge d’or de la chanson en France. La fin d’une période noire a suscité un enthousiasme et un besoin de se libérer des carcans, qui se sont manifestés dans ce domaine, renforcés par le développement du microphone et par celui du disque microsillon.

Si Édith Piaf pour la chanson réaliste et Francis Lopez pour l’opérette entre autres, remplissent les scènes de la Rive droite, un autre style de chansons apparaît Rive Gauche, dans le quartier de Saint Germain-des-Près. Il se concentrera dans le sous-sol d’un établissement de la rue Dauphine, "Le Tabou" sous l’impulsion d’interprètes de caractère comme Juliette Gréco mais également d’auteurs de grande qualité littéraire parmi lesquels Mac Orlan, Sartre, Prévert, Queneau ou Simone de Beauvoir.

C’est de cette nouvelle tendance que naîtront les talents de Brassens, Brel ou Ferré.

Cependant le nom qui est le plus attaché à cette période est celui de Boris Vian, véritable révolutionnaire de la chanson française qui saura établir une véritable complicité avec des compositeurs dont le talent éclatera bientôt, Michel Legrand ou Henri Salvador pour ne citer qu’eux et qui, en grand amateur de jazz révélera en France les noms de Duke Ellington, Miles Davis…

Représentant du "politiquement incorrect", il aura Serge Gainsbourg comme héritier direct.

Ils sont une douzaine de comédiens-chanteurs et musiciens (tous issus du Studio d’Asnières), réunis sur le plateau du Théâtre 13/Jardin, à restituer dans la bonne humeur, enthousiastes et talentueux, cette période d’après-guerre et l’atmosphère endiablée du cabaret mythique.

Si le tout début du spectacle est maladroit, embarrassé dans son projet de gommer la frontière entre la salle et la scène, il trouve très vite son rythme et sa qualité, dans un enthousiasme qui embarque et place le spectateur en position de complice de "l’aventure".

Aux chorégraphies et autres mouvements de groupe,(de beaux moments de Be-Bop), succèdent des interprétations en solo (toujours fort réussies) des succès de Boris Vian, Juliette Gréco ou Serge Gainsbourg qui ne sont jamais des imitations mais à chaque fois, de savoureuses créations.

Des personnages s’invitent pour des prestations irrésistibles (un duo Sartre-de Beauvoir, une interview déconcertante de Sartre, une apparition de Françoise Sagan ou d’intempestives apparitions d’une Zazie tout juste sortie de l’imagination de Raymond Queneau)

Si le spectacle est parfois un peu brouillon dans sa construction, il est sans cesse relevé par le talent individuel ou dans le groupe de ces jeunes comédiens qui font plaisir à voir et à entendre et dont l’enthousiasme est communicatif.

Le spectacle s’achève sur la très belle chanson nostalgique de Guy Béart que Juliette Gréco mit à son répertoire, "Il n’y a plus d’après à St Germain-des-Près".

Mais au lieu d’être une conclusion mélancolique, la chanson chantée par les douze artistes dans une version jazzy, ouvre sur l’avenir et devient une sorte d’incitation à espérer, pour la chanson et pour tout le reste, de prochains jours enchantés.

Un spectacle d’une grande bonne humeur communicative qui devrait enthousiasmer autant les nostalgiques d’une époque révolue que les autres pour qui ce sera l’occasion d’assister à des prestations toniques et d’un beau talent.

Francis Dubois

Théâtre 13 / Jardin 103 A Boulevard Auguste Blanqui 75 013 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 45 88 62 22

www.theatre13.com

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