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Un film de Joào Viana (Guinée-Bissau –Portugal)

"La bataille de Tabatô" Sortie en salles le 18 décembre 2013

Après trente ans d’exil pour avoir fait partie de l’opposition à la guerre d’indépendance, Baio fait un retour en Guinée-Bissau sur la demande de sa fille Fatu.

Celle-ci tient absolument à ce que son père assiste à son mariage avec Idrissa, un des plus célèbres musiciens de Tabatô, village mandingue et peul classique, plaque tournante des griots, où vivent cinq cents personnes, toutes ayant à voir avec la musique.

Mais la noce annoncée n’aura pas lieu. Fatu périra dans un accident. La voiture pilotée par son père ayant percuté un arbre.

Le film de Joào Viana n’obéit à aucune règle de narration classique pas plus que ne sont attendus les rapports entre les personnages.

Aucune effusion ne marque les retrouvailles du père et de la fille et de nombreux silences accompagnent des plans fixes.

Des questions restent sans réponse. Les sentiments ne sont jamais exprimés.

Un parti-pris de narration souvent déroutant mais qui trouve au final sa justification.

Peu à peu, se lève le voile sur l’histoire du pays et sur celle des personnages, toutes deux étroitement liées.

La guerre d’indépendance commencée il y a trente-six ans a été marquée par de nombreux affrontements et n’a jamais totalement pris fin.

"La bataille de Tabatô" est avant tout un film sonore où la guerre est incarnée par Baio et la paix par Idrissa et Fatu.

Du côté d’Idrissa on trouve des balafons en bois, des koras en calebasse, des dumdumbas en peau de chèvre.

Du côté de Fatu qui enseigne l’anthropologie à l’Université de Bissau, on trouve la modernité avec le téléphone portable, l’auto-radio, le 4x4.

Baio possède dans une valise ses propres objets aussi mystérieux qu’énigmatiques qui émettent cinq sons : les explosions de mortier, les rafales de G3, les sifflements des grenades, les rafales de PM et les tirs secs de Mauser. Ces objets sont une serrure ancienne, un carré de bois avec un petit ventilateur, un peigne métallique embouti dans un morceau de bois, un morceau de machine à coudre, vestiges du Portugal fasciste.

L’ultime bataille, la revanche de Tabatô se fera par la musique et par le retour de Baio aux instruments traditionnels.

"La bataille de Tabatô" déconcerte au premier abord. Mais il finit par se dégager de cette narration imprévisible, une tonalité narrative convaincante et au final, on est heureux, comme spectateur, d’être rentré dans l’intimité de ce film au pouvoir envoûtant.

Il faut tenter ce détour par les codes d’une culture étrangère .

Francis Dubois

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