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"La belle personne " un film de Christophe Honoré (sortie en salles le 17 septembre)

Après "Dans Paris" et "Les chansons d’amour", Christophe Honoré avait le projet de faire un film avec des adolescents. Les propos de Nicolas Sarkozy lors d’un meeting à Lyon en février 2006 attribuant à un sadique ou à un imbécile, l’idée saugrenue de mettre au programme d’un concours d’attaché d’administration La Princesse de Clèves. lui ont donné l’idée de relever le défi et de prouver que le roman de Madame de Lafayette n’était pas, contrairement aux propos de notre futur président d’alors, une œuvre poussiéreuse et obsolète. C’est ainsi qu’est né le projet de "La belle personne" où les intrigues de cour sont devenues les intrigues de la cour de récréation d’un lycée parisien.
Junie, lycéenne nouvellement arrivée dans un établissement parisien à la suite du décès de mère, séduit les amis de son cousin Mathias. Otto jeune homme timide et amoureux sincère devient son ami. Mais Junie tombe sous le charme de Nemours, le professeur d’italien.
Le choix même du roman de Madame de La Fayette pour peindre la jeunesse de ce début de troisième millénaire a donné naturellement ses limites à la transposition. Il a évité le piège d’aller vers la mode et l’air du temps. Les jeunes gens qu’on voit appartiennent indéniablement à notre époque mais tous les clichés sont évités, vestimentaires, de langage ou tics actuels qui présentaient les principaux écueils. Comme dans la première partie du roman, au début du film, on se perd dans la multitude des protagonistes ainsi qu’à établir, pris dans le flot des complications amoureuses, les liens qui les unissent. D’autant plus que chez Honoré, personnages principaux et figurants ont droit aux mêmes grosseurs et longueurs de plan. Mais très vite on constate que cette confusion est le reflet d’une réalité qui est intemporelle et que le tissage compliqué des relations affectives, des complicités, des trahisons qui les accompagnent ont toujours eu cours.
Christophe Honoré et son co-scénariste Gilles Taurand ont choisi de faire non pas une adaptation mais plutôt une proposition de lecture du roman. Et c’est de cette non contrainte sans doute que vient la grande liberté du film, sa grande fluidité. Le film vibre et palpite à chaque instant. Les personnages sont palpables et les plus attendus comme la serveuse du café restaurant trouvent, comme par miracle, un chemin nouveau pour exister.
Pour jouer Nemours, ténébreux, conquérant et fragile, il fallait Louis Garel. Pour le rôle d’Otto, Grégoire Leprince Ringuet, déjà là dans Les chansons d’amour, est parfait mais c’est le choix des filles qui est une réussite, parce qu’elles sont chacune, l’interprète idéale du personnage et parce qu’elle sont parfaitement complémentaires. Lea Seydoux, magnifique, joue avec une grâce rare l’adolescente déchirée entre fragilité et détermination. Anaîs Demoustier impose en quelques scènes une force de jeu étonnante mais c’est peut-être la nouvelle venue, Agathe Bonitzer qui, dans le rôle de l’intrigante Marie, tour à tour sournoise et directe, donne un éclairage très personnel à son personnage.
Francis Dubois

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