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POLAR

"La bête de miséricorde " de Fredric Brown Une réédition nécessaire.

Chaque époque redécouvre, par le biais d’une nouvelle traduction – une nouvelle trahison, une autre manière de lire le texte original – des romanciers d’un autre âge. C’est le cas pour les polars. Une nouvelle traduction de Dashiell Hammett et c’est un nouveau plaisir. La fin de la seconde guerre mondiale avait vu la naissance de la Série Noire – un terme trouvé par Prévert, grand fournisseur de titres en tout genre – liée à la volonté de Marcel Duhamel de faire connaître cette branche de la littérature. Seulement, les traducteurs étaient tenus à un langage d’époque et à un format. La trahison était quelque fois totale. Ce fut le cas pour cet auteur à part, Fredric Brown. Il était amputé de son ironie, de sa mélancolie, de sa manière spécifique, noire, de voir le monde. Cette nouvelle traduction de « La bête de miséricorde » due à Emmanuel Pailler permet de le redécouvrir. Le traducteur – comme c’est la mode – explique ses choix dans une préface et ceux des traducteurs précédents. Une leçon.

Brown, à travers cette enquête sur un meurtre d’un jeune homme qui a survécu à l’horreur des camps, fait œuvre de philosophe. Il met en scène la faible frontière qui sépare la compassion de la barbarie, dans cette ambiance des années d’après guerre encore fortement marquées par l’horreur nazie. Il fait parler tous les protagonistes à commencer par le meurtrier. Le suspense ne réside pas dans la découverte ou non du coupable mais dans les réactions, les motivations de tous ces personnages qui vivent. Ils ne sont pas en papier glacé. A découvrir de toute urgence.

Nicolas BENIES.

« La bête de miséricorde », Fredric Brown, Point/Roman noir, Seuil.

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