Actualité théâtrale

L’Odéon Théâtre de l’Europe

"La bonne âme de Se-Tchouan" de Bertolt Brecht, mise en scène Jean Bellorini. "Todo el cielo sobre la tierra…" Texte et mise en scène Angelica Liddell. Une programmation de novembre-décembre discutable

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Jean Bellorini dont on avait apprécié en 2010, " Tempête sous un crâne" d’après " Les misérables" de Victor Hugo ou "Paroles gelées" d’après Rabelais, propose, jusqu’au 15 décembre, sur le plateau des Ateliers Berthier, une version "appauvrie" de "La bonne âme de Se-Tchouan" .

Appauvrie car, de la pièce de Brecht qu’il malmène, il n’a gardé que l’anecdote, réduisant jusqu’à la rendre méconnaissable une des œuvres majeures du célèbre dramaturge.

Aucune distanciation, depuis la prostituée en mini-jupe et talons-aiguilles jusqu’aux personnages secondaires à qui on semble avoir laissé la bride sur le cou et qui profitent de l’aubaine pour donner, à l’occasion, un mini one-man-show, en passant par un marchand d’eau grand guignolesque…

Est-ce pour montrer la misère du monde que la mise en scène passe à la trappe, derrière le divertissement ou le mélodrame ? Que Macha Makeïeff a imaginé des costumes repris aux "Deschiens" ? Qu’on s’attarde sur un enfant croquant une pomme brillante trouvée dans une poubelle, qu’on nous montre, traversant le plateau comme ils feraient une promenade vespérale, le couple de vieux commerçants ruinés par les retours de générosité de Shen Te ?

La musique composée par Jean Bellorini nous submerge et les lyrics sont sacrifiés.

La misère n’est plus dans la pièce de Brecht, elle est sur le plateau, celle d’un théâtre indigent et sacrilège, passé par la tocade d’un metteur en scène, en tout cas, cette fois-ci, bien peu inspiré !

Au Théâtre de l’Odéon, c’est au tour d’Angelica Liddell de nous consterner avec son spectacle " Todo el cielo sobre la tierra". ( jusqu’au 1er décembre).

Le syndrome de Wendy est l’équivalent du syndrome de Peter Pan. De crainte de solitude, le personnage materne son partenaire jusqu’à l’étouffer, le réduisant à l’impuissance de provoquer une rupture.

Sur quelle île faut-il que se retire une âme partagée entre l’excès et l’absence de toute responsabilité ?

Pour construire son spectacle, Angélica Liddell a tenu un journal et beaucoup voyagé.

A Shanghaï, elle a été séduite par la grâce des valseurs chinois. Une démonstration de savoir- faire qui allait constituer la bonne première demi-heure de son spectacle.

A Séoul, elle a rencontré un grand compositeur de valses pour le cinéma.

A Utoya, (où a eu lieu la fusillade la plus meurtrière de l’époque contemporaine) elle a rencontré son Peter Pan et elle a trouvé à Vienne, les musiciens qui allaient faire de toutes ces opportunités, une œuvre d’art.

Pour le reste du spectacle et pendant presque deux heures, la comédienne débite un texte touche-à-tout, qui enfonce des portes ouvertes, multiplie les clichés et dont le niveau de "philosophie" ne dépasse guère celui de la conversation de comptoir.

La gestuelle ne se prive d’aucun signe de vulgarité.

Quant au texte dont on voudrait bien qu’il nous révèle son contenu profond, il est constellé de termes orduriers avec une préférence marquée pour le mot "chiottes" et de révélations intimes de bas-étage.

Consternant !

Francis Dubois

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