Actualité théâtrale

A l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, jusqu’au 21 novembre

"La cantatrice chauve" Mise en scène de Jean-Luc Lagarce (1991), regard extérieur de François Berreur

Eugène Ionesco s’inspira de la fameuse méthode Assimil pour écrire "La cantatrice chauve". Toute la musicalité du texte provient de la répétition de phrases qui ont à voir avec les clichés verbaux les plus éculés et le balancement lancinant qu’ils produisent. Mais on ne présente plus cette première œuvre qui fut décriée à sa création au Théâtre des Noctambules en 1950 et qui battit tous les records de longévité sur le petit plateau du Théâtre de la Huchette dès 1957.

La mise en scène statique de Nicolas Bataille enthousiasma les spectateurs pendant des décennies jusqu’à ce que Jean-Luc Lagarce s’empare du texte pour en faire un traitement beaucoup plus mobile dont la qualité majeure est d’aller chercher entre les lignes d’autres pistes au récit. Personnages interchangeables, ces sortes de marionnettes que sont le couple Smith et le couple Martin ajoutent non seulement de la dérision à l’absurde mais ils s’égarent aussi dans des digressions érotiques ou inquiétantes, dans des ambiguïtés qui leur donnent chair et les tirent de leur fonctionnement strictement automatique. Monsieur Martin devient un personnage égrillard et Madame Smith ne résiste pas à la prestance du Capitaine des Pompiers… Quant à Mary, la bonne, qu’elle soit interprétée par Elisabeth Mazev ou par Marie-Paule Sirvant qui donnent à son personnage des prolongements diaboliques, elle devient un personnage pivot.
Les comédiens, dont certains faisaient déjà partie de la distribution lors de la création à Besançon, sont bien plus que des interprètes. Ce sont les complices d’une belle aventure théâtrale. Ils jouent avec leurs personnages plus qu’ils ne jouent leurs personnages. Ce sont des jongleurs de mots, des acrobates perchés sur le fil du texte… Ils donnent aux répliques toute leur drôlerie, toute leur gravité et lui rendent son potentiel inquiétant. Les décors sont superbes. Les éclairages et la musique parfaits. Entre les mains de Jean-Luc Lagarce et de ses anciens complices, la pièce de Ionesco n’a non seulement pas pris une ride mais elle prend des allures de théâtre innovant…
Francis Dubois

Athénée Théâtre Louis-Jouvet
Square de l’Opéra Louis-Jouvet
17 rue Boudreau 75 009 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 53 05 19 19 ou www.athenee-theatre.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Massacre »
    Deux femmes dans le salon d’un hôtel. L’une D est la propriétaire de l’hôtel qu’elle a décidé de fermer définitivement. L’autre H est l’unique cliente, que D voudrait bien convaincre de quitter les lieux... Lire la suite (29 janvier)
  • « Angels in America »
    New York 1985, début de l’épidémie du Sida présentée par les puritains comme une punition divine à l’encontre des gays. Un avocat aussi cynique que célèbre, juif et homosexuel, refusant de reconnaître et... Lire la suite (27 janvier)
  • « Le K »
    Treize nouvelles qui donnent aux événements banals de la vie quotidienne une dimension fantastique, tantôt inquiétante, tantôt drôlissime. Gregori Baquet les a prises dans Le K de Dino Buzzati, le... Lire la suite (26 janvier)
  • "J’ai rêvé la Révolution"
    « J’ai rêvé la Révolution » est repris : Du 29 au 31 janvier à la Comédie de Picardie à Amiens (80) Du 27 février au 8 mars au théâtre de l’Épée de bois à Paris En parallèle il y a un spectacle court... Lire la suite (26 janvier)
  • « La mégère apprivoisée »
    Un jeune homme Lucentio arrive à Padoue avec son valet, aperçoit une jeune fille fort jolie et en tombe amoureux. Mais le père de Bianca a décidé qu’elle ne pourrait se marier que lorsqu’un mari se... Lire la suite (24 janvier)