Actualité théâtrale

Jusqu’au 22 novembre au Théâtre Les Déchargeurs

« La chute »

Dans un bar louche d’Amsterdam, un homme commence à parler à un consommateur. Il dit s’appeler Jean-Baptiste Clamence, être un « juge-pénitent » et avoir été autrefois un brillant avocat parisien, couvert de femmes. Il raccompagne son interlocuteur, mais le laisse à l’entrée d’un pont, disant avoir juré de ne plus traverser un pont la nuit, et lui donnant rendez-vous pour le lendemain. Durant cinq soirées, il va se raconter et parler de sa chute.

Le roman d’Albert Camus, écrit en 1956, a été souvent lu comme un règlement de compte avec Sartre, Clamence étant une sorte de double de ce dernier se définissant comme « un prophète vide pour temps médiocre ». Mais il y a plus dans ce texte, on y trouve une réflexion sur la culpabilité. Clamence, qui n’a rien fait quand une nuit, une jeune femme s’est jetée devant lui dans la Seine et qui a tenté de fuir sa culpabilité dans la débauche, ne peut échapper à son passé et a perdu toute illusion sur lui-même. Á la chute physique de la jeune femme répond la chute morale et sociale de Clamence.
Théâtre : La chute
Ivan Morane a mis en scène ce monologue et le joue. Tourmenté, cynique, parfois manipulateur, il se confesse et monte un procès où il passe de rôle en rôle, accusé, avocat, procureur, mais on peut se demander s’il ne cherche pas avant tout à répandre chez son interlocuteur le poison de la culpabilité. Il est tantôt inquiétant, tantôt pitoyable, toujours fascinant. Á ses côtés une femme, Silvia Lenzi, en longue robe noire moulante avec une guirlande de fleurs brodée sur l’épaule, joue du violoncelle et de la viole de gambe. On peut la voir comme la figure muette de la noyée, mais elle apporte aussi un écho aux paroles de Camus. Tous deux restituent admirablement l’atmosphère sombre et inquiétante du roman. La musique pousse à s’accrocher au texte de Camus et l’on se prend à l’écouter comme on ne l’a jamais lu.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h15

Théâtre Les Déchargeurs

3 rue des déchargeurs, 75001 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 36 00 50

www.lesdechargeurs.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Féministe pour homme »
    Noémie de Lattre n’a pas attendu l’affaire Weinstein et me-too pour parler des femmes et du féminisme dans ses pièces et dans son livre. Et sur ce sujet son spectacle, qui tient du théâtre, du cabaret... Lire la suite (6 décembre)
  • « Trois femmes (l’échappée) »
    Joëlle, tout juste diplômée « auxiliaire de vie », vient d’être embauchée comme gardienne de nuit par la fille de la vieille et très riche Madame Chevalier. Celle-ci en vieille dame acariâtre qui n’a... Lire la suite (3 décembre)
  • « Dark circus »
    Quel étrange cirque où l’acrobate tombe, où l’homme canon s’envole au-dessus de l’Afrique pour ne plus réapparaître, où le manche d’une guitare devient un dompteur que le lion s’empresse de dévorer et où le... Lire la suite (3 décembre)
  • « Féminines »
    Après Hors la loi, où elle s’attachait à l’histoire des femmes jugées pour avortement à Bobigny dont le procès avait ouvert la voie à la loi légalisant l’avortement, la jeune autrice et metteuse en scène... Lire la suite (2 décembre)
  • « Féminines »
    Après Hors la loi, où elle s’attachait à l’histoire des femmes jugées pour avortement à Bobigny dont le procès avait ouvert la voie à la loi légalisant l’avortement, la jeune autrice et metteuse en scène... Lire la suite (2 décembre)