Actualité théâtrale

Jusqu’au 19 avril à L’Atalante

"La conversation de Bolzano"

Dans son roman La conversation de Bolzano, le grand écrivain hongrois, Sàndor Màrai, a inventé cet épisode de la vie de Casanova. Celui-ci s’est enfui des plombs à Venise où il était enfermé et arrive à Bolzano, cherchant à fuir vers l’Autriche. C’est là que le comte de Parme le rattrape et lui propose un marché dont sa femme est l’enjeu.
Jean-Marie Galley et Jean-Louis Themin ont travaillé sur les trois derniers chapitres du roman de Sàndor Màrai et, en respectant le texte, en ont fait une adaptation théâtrale où se succèdent trois quasi-monologues. C’est à une superbe joute oratoire que nous assistons entre trois vaincus magnifiques. Le comte se résigne à tout pour garder sa femme, la belle Francesca, éprise depuis longtemps de Casanova. Celui-ci, qui refuse de se laisser acheter par le comte, fût-ce au prix de sa liberté, sera vaincu par Francesca, qui, d’elle-même renonce à ses illusions. Le résultat est celui qui était annoncé, mais la partie s’est déroulée autrement que prévu.
Hervé Van Meulen est un comte au maintien sévère et hautain qui veut acheter Casanova pour une nuit comme un esclave. Teresa Oviedo campe une superbe Francesca, fougueuse et insatisfaite, qui avec orgueil refuse d’entrer dans les cases du jeu qu’on avait dessinées pour elle. En Casanova, Jean-Marie Galley n’a pas la partie facile dans ce rôle où il est sans cesse en scène, quasi-silencieux. Il y excelle, jouant des regards, des mouvements de ses mains, de ses déplacements pour créer une tension. Si le travestissement est au cœur des sentiments dans la pièce, on peut toutefois regretter la lourdeur du costume féminin dont le metteur en scène l’affuble un moment.

Á cette nuance près, on peut saluer la mise en scène de Jean-Louis Thamin, qui crée une oppressante atmosphère nocturne. Tandis qu’à l’extérieur souffle le vent et tombe la neige, on découvre une chambre, avec un lit où se reposent Casanova et une de ses conquêtes. Le comte, puis la comtesse, vont y entrer de façon très théâtrale apportant avec eux le désordre des sentiments. La lumière semble venir d’un feu dans une cheminée hors champ, qui crépite, lance des braises et renvoie le spectateur à l’image d’un amour qui couve et ne finit pas de s’éteindre. C’est un bel écrin pour ce superbe texte où l’emportent la nostalgie de ce qui aurait pu être et l’amertume de personnages qui n’arrivent finalement pas à se retrouver.
Micheline Rousselet

Lundi, mercredi et vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h, dimanche à 17h
L’Atalante
10 place Charles Dullin, 75018 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 23 17 29
www.theatre-latalante.com

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