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Un film de Juan Carlos Tabio (Cuba-Espagne)

"La corne d’abondance" Sortie en salles le 3 févier

Les membres d’une famille cubaine qui vivent tous dans la même petite ville, apprennent qu’ils sont les héritiers d’une immense fortune laissée par des ancêtres. La nouvelle en effraie certains qui flairent une tromperie et ne croient pas que la concrétisation de la bonne nouvelle mettra fin à leur existence difficile à laquelle ils sont maintenant tellement rodés. D’autres veulent à tout prix y croire et échafaudent toutes sortes de projets mirobolants. Mais les miroitements de cette héritage inespéré n’a pas pour seul effet les anticipations pécuniaires. Ils libèrent aussi les personnages des carcans moraux dans lesquels la pauvreté les cantonnait…
Juan Carlos Tabio qui s’était fait connaître avec "Fraise et chocolat" en 1994, puis avec "Guantanamera" en 1996 a réalisé une trentaine de films.
"La corne d’abondance", qui remporta le Prix du Public au Festival de Biarritz 2009, est dans la droite ligne de ses précédentes réalisations. Une dizaine de personnages hauts en couleur habitent cette comédie truculente. Leur existence a beau être compliquée par les difficultés qui les privent souvent du confort le plus élémentaire, ils ne manquent ni d’énergie, ni de joie de vivre, ni d’imagination. Et ils nous entraînent dans le tourbillon de leurs combines, de leurs désirs et de leurs frustrations.

Si le film de Juan Carlos Tabio est une franche comédie truculente et réussie, il ne perd jamais de vue le propos social qui sous-tend le récit. Derrière les situations les plus burlesques se dessine l’observation précise et juste d’une frange de la société vivant dans la semi pauvreté mais délibérément moderne, qui n’ignore rien des avancées technologiques et de tous les miroitements de cette société de consommation dont ils sont pourtant exclus. La jeune femme du héros dessine des bandes dessinées qu’elle a peu de chances de voir un jour éditées et dès qu’elle en a les moyens, celle qui élève seule ses enfants, qu’on avait vue terne et grise, se transforme en une superbe femme tout à coup convoitée… Et si, dans "Le charme discret de la bourgeoisie" de Luis Bunuel, on était dans l’impossibilité d’entamer un repas, la première cuillérée étant à chaque fois empêchée par nouvel événement qui surgissait, dans le film de Juan Carlos Tabio, il est à chaque fois impossible pour les amants de mener jusqu’au bout, l’acte sexuel. Et cet empêchement récurent n’est pas ici, seulement un ressort de comédie, mais bien la preuve que, dans ce domaine, comme dans bien d’autres, la frustration relève bien de la censure sociale.
Le cinéma de Juan Carlos Tabio se suffit à lui-même et n’a pas besoin de références glorieuses. Cependant, on pourrait, pour le situer, citer les comédies italiennes des années 60…
Francis Dubois

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