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Un film de Julie Bertuccelli (France)

"La cour de Babel" Sortie en salles le 12 mars 2014.

Après avoir été l’assistante d’Otar Iosseliani, Rithy Pahn, Krysztof Kieslowski ou Bertrand Tavernier, Julie Bertuccelli démarre en 1993 une carrière de réalisatrice, privilégiant des années durant le documentaire. Elle travaille pour Arte ou France 3 mais c’est un film de fiction "Depuis qu’Otar est parti" , récompensé par le Grand Prix de la Semaine de la Critique en 2003, qui la révèle au public.

Suivra en 2010 "L’Arbre" tourné en Australie, en compétition officielle à Cannes, où Charlotte Gainsbourg trouve son meilleur rôle depuis ses films d’adolescence.

Lorsqu’elle rencontre Brigitte Cervoni, professeur de français langue étrangère au collège de La Grange aux Belles dans le 10ème arrondissement de Paris à l’occasion d’un Festival du Film Scolaire où elle est membre du jury, Julie Bertuccelli découvre l’existence des classes d’accueil qui regroupent des enfants primo-arrivants de toutes nationalités.

Ces structures permettent à des élèves de niveau et d’âge différents, grâce à des méthodes adaptées, encadrés par des enseignants spécialisés, d’apprendre à parler, lire et écrire le français avant d’être progressivement intégrés dans des classes de rattachement où ils ont généralement déjà suivi les cours d’EPS, d’arts plastiques, d’éducation musicale et de mathématiques.

On comprend que Julie Bertuccelli, documentariste à la recherche de sujets forts, ait été séduite par la découverte de l’existence de ces classes et plus particulièrement par celle de Brigitte Cervoni.

On l’aurait été tout autant, tant les élèves qui la composent sont d’entrée, chacun à sa façon, attachants, touchants aussi bien dans la révolte, la colère, que dans la confiance qu’ils accordent à l’école.

Une vingtaine de nationalités sont représentées et tous, même les plus rétifs, sont arrivés en France avec des blessures mais beaucoup d’enthousiasme, une étonnante maturité et un profond désir de réussir.

Bien qu’il n’y ait dans son film aucune trace d’angélisme, on pourra reprocher à Julie Bertuccelli d’avoir dressé un tableau idyllique de ce type de classes en insistant sur la solidarité entre les élèves et sur la grande sérénité qui accompagne le déroulement des cours.

Tant pis si son film fait un peu "image d’Épinal" avec des enfants motivés, des parents présents, si les sujets de discussion en classe qui portent autant sur la religion, la situation dans les pays d’origine, les difficultés d’intégration, prennent la forme de débats passionnants et réfléchis.

Julie Bertuccelli ne réduit pas son film à une série de portraits mais réalise un documentaire choral qui, par touches successives, à l’occasion d’un entretien avec des parents, d’un échange d’avis, d’un sujet qui fait polémique, précise la personnalité de chacun.

Et si ces personnalités sont contrastées, on reste toujours très éloigné du cliché et le plus proche possible de l’intime.

Il faut reconnaître à Julie Bertuccelli son savoir-faire pour rendre son film passionnant et humain et donner au grand public le moyen de découvrir l’existence de cet enseignement méconnu, de ces classes dont les enseignants sont souvent de remarquables pédagogues.

On souhaite à "La cour de Babel" de rencontrer auprès du public le même succès que celui qu’a connu "Sur le chemin de l’école".

C’est drôle, enlevé, souvent émouvant.

Une réussite.

Francis Dubois

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