Actualité théâtrale

Jusqu’au 22 janvier au Lucernaire

« La cruche »

La Compagnie L’envolée lyrique nous entraîne dans une pièce peu connue de Courteline. Dans cette petite comédie humaine, nous trouvons d’abord Margot, la maîtresse de Laurianne qui n’a de cesse de la rabaisser. Laurianne aimerait faire de sa voisine, Camille, sa maîtresse, mais il l’importune car elle est elle-même la maîtresse du peintre Duvernié, qui lui préférerait volontiers Margot ! Comme toujours chez Courteline, les situations désopilantes s’enchaînent à un rythme rapide, les hommes sont égoïstes, ont un ego boursouflé, sont plutôt lâches et se montrent bien cruels envers les femmes qui ne sont pas aussi cruches qu’il plaît à ces messieurs de le croire. Mais la peinture acide de ce petit monde, où les femmes sont l’objet de toutes les convoitises, ne serait rien sans le verbe de Courteline et, dans cette pièce, les remarques douce-amères sur l’amour, le désir et la vieillesse qui guette abondent autant que les aphorismes mémorables.

Théâtre : la Cruche

L’originalité du spectacle tient aux interventions en quatuor vocal. Elles insèrent dans le texte des duos plein d’allant et des airs de bravoure qui contribuent à nous envelopper dans l’ambiance de l’époque. Henri de Vasselot, à la fois scénographe et metteur en scène, a placé les quatre personnages, vêtus de costumes fin XIXème, dans un décor qui évoque une maison de poupée, avec des murs percés de trous où peuvent se glisser leurs visages lorsqu’ils chantent sans être en vedette. L’espace exigu qui favorise les apartés, les éléments du décor, les accessoires deviennent des éléments comiques. Les quatre acteurs ont fait leurs preuves dans le théâtre lyrique et excellent dans les deux registres. Henri de Vasselot joue Laurianne avec finesse, en faisant un homme imbu de lui-même, blessant et cruel avec Margot, frétillant sottement devant celle qu’il convoite, Camille. On rit de sa bêtise plus qu’on ne lui en veut. Agathe Trébucq, avec son visage rond et ingénu, incarne une Margot bonne fille, qui semble supporter sans ciller les remarques blessantes, mais se révélera plus lucide que les deux hommes qui l’entourent. Elle émeut profondément quand elle chante sa résignation. Martin Jeudy est le peintre Duvernié qui navigue avec adresse entre les écueils dans cette tempête, mais qui a peut-être perdu au bout du compte. Florence Alayrac est une Camille volcanique qui sait ce qu’elle veut. Elle gifle comme elle chante avec un talent fou.

Tant de charme dans la mise en scène, tant de talent chez les acteurs-chanteurs font découvrir un Courteline, moins daté qu’il n’y paraît et qui réussit à merveille « à faire rire en honorant les lettres ». Courez au Lucernaire pour voir cette délicieuse cruche .

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La 7è vie de Patti Smith »
    Dans la banlieue de Marseille en 1976, une jeune adolescente au corps androgyne, timide et mal dans sa peau, entend lors d’une soirée entre amis un disque avec la voix de Patti Smith et son cri... Lire la suite (20 février)
  • « Les grands rôles »
    On entend une démarche boiteuse et un acteur arrive en traînant une chaise qui fait le bruit de sa canne. Le monologue de Richard III démarre et le rire aussi quand un acteur échappé de Lucrèce... Lire la suite (19 février)
  • « Fanny et Alexandre »
    Les spectateurs finissent de s’installer dans la salle Richelieu et Denis Podalydès s’avance au bord du plateau, vêtu d’un long manteau de scène, pour leur rappeler d’éteindre leurs téléphones... Lire la suite (18 février)
  • « La conférence des oiseaux »
    Il y a quarante ans Jean-Claude Carrière adaptait pour Peter Brook l’un des plus célèbres contes soufi du Persan Farid Uddin Attar (1142-1220). La conférence des oiseaux raconte comment, encouragés... Lire la suite (14 février)
  • « Premier amour »
    Sami Frey reprend cette nouvelle de Samuel Beckett, écrite en 1946, qu’il avait créée il y a dix ans. On y trouve déjà l’image de ces clochards célestes que seront, dans En attendant Godot , Vladimir et... Lire la suite (7 février)