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Un film de Jérôme Bonnell (France)

"La dame de trèfle" Sortie en salles le 13 janvier

Aurélien et sa sœur Argine ont toujours vécu ensemble. Devenus des adultes, ils se sont accommodés de cette cohabitation qu’ils s’appliquent à vivre de façon harmonieuse. Argine, jeune fille fantasque, s’étourdit dans un manège de plaisirs immédiats face à un Aurélien protecteur, presque austère qui, pour rendre leur quotidien plus confortable s’est lancé, à l’insu de sa sœur, dans un trafic de métaux volés. Les choses se compliqueront, le jour où revient Simon, le complice d’Aurélien. Traqué par la police, il a besoin d’argent…
Pour son quatrième long métrage, Jérôme Bonnell qui s’en était tenu jusque là à des récits fragiles, axés surtout sur les liens entre les personnages, aborde cette fois-ci, à sa façon, le film noir et met en place une action motrice, souterraine et vaguement oppressante. L’intrigue, quoique très simple, y est traversée par une tension qui entretient constamment le malaise d’un danger latent dont on ignore d’où il pourrait surgir.
Les personnages de "La dame de Trèfle" semblent, au départ, protégés par leur existence feutrée, ordinaire, et le trafic auquel se livre Aurélien paraît appartenir au domaine du quotidien. Car rien dans ses agissements, dans sa façon d’être, ne donnent au personnage, son caractère de malfaiteur. Le romanesque et l’immoralité s’accommodent l’un de l’autre et Aurélien gardera une sorte de pureté jusque dans les meurtres qu’il commet et qui sont pour lui avant tout des nécessités, et qui rentrent dans la démarche de protection de cette sœur fragile et exposée.
Il y a, dans l’attitude déterminée, aveugle à toute considération morale d’Aurélien, dans la simplicité du récit, l’évidence des sentiments et des actes qui en découlent, quelque chose qui s’apparente à la tragédie antique. Il est probable qu’Aurélien ait toujours vécu dans la perpétuelle recherche du meilleur moyen de se séparer de sa sœur, et que la seule solution à cela, il l’ait trouvée dans le meurtre. Le crime comme un acte de maturité, celui, extrême, qui permettra à l’un et à l’autre de sortir de l’enfance dans laquelle les a maintenus une cohabitation prolongée
Jérôme Bonnell a réalisé avec "La dame de Trèfle" un film sur la culpabilité et le refoulement, mais en tenant ses personnages éloignés de toute psychologie et en faisant l’économie du contexte social. Il conduit un récit qui reste noir avec une sorte de légèreté constante.
Le film doit beaucoup aux comédiens et le personnage d’Aurélien ne pouvait trouver meilleur interprète que Malek Zidi dont le visage presque angélique exprime en arrière plan, dans le regard, dans l’attente secrète d’autre chose, comme une sorte de diabolisme serein.
Francis Dubois

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