Actualité théâtrale

Théâtre de l’Essaïon

"La dernière bande" Jusqu’au 11 décembre

Moins connue que En attendant Godot (1953), Fin de partie (1956) ou encore Oh ! les beaux jours (1961), La dernière bande est une courte pièce à un personnage que Samuel Beckett avait écrite initialement pour la radio anglaise en lui donnant pour titre Krapp’s Last Tape. Traduite en français par Beckett lui-même, elle a été jouée pour la première fois en France en 1960, dans une mise en scène de Roger Blin. La Compagnie Bacchus la présente actuellement à Paris au Théâtre de l’Essaïon, dans une mise en scène de Jean-jacques Chep avec Jean Petrement dans le rôle de Krapp.

Le vieux Krapp est une sorte de clochard qui se nourrit de bananes et d’alcool. Il est seul dans sa chambre. Le mobilier délabré comprend une vieille armoire et une table bancale sur laquelle se trouve un magnétophone des années 60. Comme chaque année, le jour de son anniversaire, il s’apprête à enregistrer ce qu’il pense des événements qui ont marqué sa vie cette année. Mais auparavant, il va écouter certains des commentaires qu’il a enregistrés année après année sur des bandes magnétiques. Ils évoquent divers événements de son passé : ses problèmes de santé, la mort de sa mère, l’amour qu’il a connu il y a longtemps….

Photo Danica Bijeljac

Mais le Krapp d’aujourd’hui va sévèrement juger le jeune Krapp amoureux qu’il était dans sa jeunesse : « viens d’écouter ce pauvre petit crétin pour qui je me prenais il y a trente ans, difficile de croire que j’ai jamais été con à ce point-là. ». Malgré tout, c’est peut-être dans ce retour au passé que réside son seul bonheur d’aujourd’hui. Pourrait-il encore être celui qui a vécu « un instant d’amour » ?

Court, mais dense et profond, La dernière bande est un grand texte qui parle de la fuite du temps, du changement qui s’est opéré en nous au fil des années, de la mémoire, des souvenirs heureux qui ne sont plus que des souvenirs et enfin, comme toujours chez Beckett, de la solitude. La mise en scène de Jean-Jacques Chep nous entraîne dans une sorte de cave où la table est bancale et la lumière capricieuse. Dos courbé, regard fuyant, gueule tordue, Jean Petrement, est totalement fidèle aux indications de Beckett jusque dans l’art d’éviter certaines liaisons. On pense à Michel Simon, il traîne les pieds, bute sur les boîtes qu’il a répandues, se cogne aux meubles à la fois grotesque et tragique. Il est remarquable.

Micheline Rousselet

les lundis et mardis à 21h30
au Théâtre de l’Essaïon
6 rue Pierre au Lard 75004 Paris
Réservations 01 42 78 46 42<br<
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