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Un film de Joào Pedro Rodrigues et Joào Rui Guerra da Mata (Portugal-France)

"La dernière fois que j’ai vu Macao" Sortie en salles le 29 mai 2013

Le narrateur se rend à Macao où il n’est plus jamais retourné depuis son enfance. Il répond à l’appel au secours émanant de Candy, une amie qui y vit et qu’il n’a pas revue depuis de nombreuses années. Celle-ci, chanteuse de cabaret qui se serait aventurée avec des mauvais garçons, prétend qu’elle court un grand danger.

A l’approche de Macao, cet homme dont on entendra la voix en off mais dont on ne verra jamais le visage, fait-il un retour vers la période qu’il considère comme la plus heureuse de sa vie ou répond-il à l’appel de Candy en danger de mort ?

Une succession de rendez-vous manqués dans la ville devenue méconnaissable sera fatale à la jeune femme.

La trame policière n’est qu’accessoirement le fil conducteur du film. Pourtant Candy existe bien. On la voit se produire sur une scène en ouverture du film et chanter en play-back "You kill me" qu’interprète Jane Russell dans le "Macao" de Sternberg.

L’incarnation de la chanteuse (il s’agit de la performeuse transgenre Cindy Scrach qui jouait dans " Mourir comme un homme") avec un maximum de clichés glamour, la blondeur platine, la robe chinoise largement fendue, rejoint la vraie fausse raison de la présence du narrateur à Macao.

Or, le prétexte policier du film, s’il est à prendre en considération, n’est pas sa destination originelle.

Les deux réalisateurs avaient d’abord conçu "La dernière fois que j’ai vu Macao" comme un documentaire. C’est seulement après un deuxième voyage à Macao que leur film a pris une autre orientation.

Il s’agissait pour eux d’être présents à Macao en 1999, au moment de la passation de pouvoir entre le Portugal et la Chine mais une fois sur place, ils ont très vite compris que personne ne serait intéressé par un énième documentaire sur Macao.

Ils ont malgré tout poursuivi les prises de vues de la ville à la recherche des lieux que leur dictait le souvenir, sachant qu’il leur faudrait trouver un autre support pour que leur travail ne soit pas une redite.

C’est alors que le "Macao" de Josef von Sternberg s’est invité dans le projet et que la coloration "film noir" s’est imposée.

Il s’agissait d’un "policier" avec un détective sans visage, une femme fatale qui disparaît et une cage vide en guise de McGuffin.

C’est ainsi que le film de Joào Pedro Rodrigues et Joào rui Guerra da Mata se situe à cheval sur deux genres cinématographiques apparemment incompatibles mais qui, ici, se marient parfaitement : le film conceptuel et le film de série B.

Dans des films de série B, le budget est tellement serré qu’il arrive parfois qu’on utilise les décors d’autres films. Dans "La dernière fois que j’ai vu Macao" c’est quasiment la même idée mais inversée : on utilise de véritables lieux que l’on transforme en décors imaginaires. Et dans le film, la fiction est engendrée par les images documentaires.

Nostalgiques de l’âge d’or hollywoodien, les deux réalisateurs portugais ont multiplié les clins d’œil au film de Sternberg jusqu’à imaginer que dans "Macao", Robert Mitchum ne récupérait pas les bas lancés par-dessus bord par Jane Russell et qu’ils se retrouvaient dans " La dernière fois que j’ai vu Macao", accrochés à un rocher comme un indice dans l’enquête à propos de la mort de Candy.

Le charme de ce film est indéniable. Il bénéficie, sans que les personnages n’apparaissent à l’écran, d’une force narrative qui tient à quoi, sinon à la magie du talent des réalisateurs.

On dira, pour faire court, de "La dernière fois que j’ai vu Macao" que ce film possède "la grâce"

Francis Dubois

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