Actualité théâtrale

Jusqu’au 8 décembre au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

« La dernière neige »

Didier Bezace quitte le théâtre de la Commune dont il a assuré la direction pendant quinze ans. Pour dire au revoir au public, fidèle, de ce théâtre, il a choisi de lui présenter un texte d’Hubert Mingarelli, un auteur discret, mais dont la petite musique résonne longtemps dans la mémoire de ceux qui l’ont lu et dont il dit : « il a le talent de nous faire regarder autrement le monde et les gens ».
Un enfant, un adolescent plutôt, dont le père est cloué au lit par la maladie, gagne un peu d’argent en promenant des vieillards, dont il élargit ainsi l’horizon fermé de l’hospice. Il rêve d’acheter un milan qu’il voit chaque jour sur son chemin, enfermé dans sa cage, mais le vendeur le renvoie à sa pauvreté. Ce récit est celui des désirs intenses de l’enfance, de l’amour et de la complicité avec un père, très diminué, mais qu’il aime profondément, des choix qu’un enfant est obligé de faire et qui laissent des blessures ineffaçables. Tout ceci est dit sans pathos, à travers la voix de l’enfant. Avec des phrases simples, Hubert Mingarelli invente une petite musique mélancolique où l’environnement est très présent : le temps qui passe avec les saisons - de l’été à l’automne puis à l’hiver – et les bruits qui scandent le quotidien, l’eau qui coule, la minuterie de l’escalier et le claquement des talons de la mère qui sort. Comme dans les contes, il reste des mystères : où va la mère le soir, pourquoi l’enfant « étend-il entre elle et lui le vol majestueux du milan » pour ne pas entendre ce qu’elle a à lui dire ? Et, sans effets, la poésie s’imprime dans le texte et c’est très beau.
Didier Bezace a adapté ce récit, le met en scène et l’interprète. Assis le plus souvent sur un pupitre d’écolier, un cahier à la main, dont il lui arrive de montrer les dessins qui l’illustrent à la manière d’un homme lisant un livre à un enfant, il dit ce texte. Les saisons passent, une feuille morte puis plusieurs tombent des cintres suivis par des petits papiers blancs. Parfois un peu de musique et c’est tout. C’est la voix du comédien, son regard qui accroche le spectateur, éveille son imagination et l’emporte dans l’univers d’un auteur. Ce n’est pas gai, il y a la solitude, l’enfermement, la pauvreté, la vieillesse, la maladie et la mort, mais ce n’est pas sinistre non plus. Il y a la vie, les désirs d’un enfant, son empathie avec le milan dont il rêve et dont il craint, qu’enfermé dans sa cage à côté d’une radio bruyante, il n’oublie ses falaises, l’émotion dans les rapports avec son père qui passent eux aussi par le conte.
Ce que nous offre ici Didier Bezace, c’est une magistrale démonstration du pouvoir du comédien et c’est une magnifique soirée d’au revoir qu’il nous propose.
Micheline Rousselet

Mardi à 19h30, mercredi, jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 18h30 et dimanche à 16h.
Théâtre de la Commune
Salle des Quatre Chemins
41 rue Lécuyer, 93304 Aubervilliers
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

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