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Un film de Philippe Faucon (France)

"La désintégration" Sortie en salles le 15 février 2012

Habitants de la même cité de l’agglomération lilloise, Ali, Nasser et Hamza, vingt ans, connaissent dans leur quotidien de nombreuses difficultés.

Pour Nasser, la vie au sein de sa famille est devenue difficile. Hamza, récemment converti à l’islam, est dans une phase d’interrogations sur la façon de vivre pleinement avec ses nouvelles convictions. Quant à Ali, il désespère de recevoir un jour une réponse positive aux cinq cents lettres qu’il a envoyées pour obtenir un emploi à hauteur de ses diplômes. En attendant, il se trouve réduit à accepter un travail de manutentionnaire.

Leur chemin croise un jour celui de Djamel, de dix années leur aîné. Djamel séduit les trois jeunes gens par ses propos acérés, son charisme, sa façon de présenter la pratique rigoureuse de la religion comme la solution à beaucoup de leurs difficultés.

Jouant habilement avec la vulnérabilité de chacun, localisant leurs points faibles et les raisons de leur marginalité, il agit en habile manipulateur, les amenant à penser qu’ils ont été définitivement rejetés par une société à laquelle ils croyaient appartenir et qui ne leur sera jamais accessible.

Philippe Faucon avait été frappé par l’itinéraire de Zacharias Moussaoui, qui avait revendiqué sa participation comme vingtième pirate aux quatre attaques simultanées des twins towers, le 11 septembre 2001.

A ceux qui l’avaient croisé, il avait paru être un jeune homme jovial, ouvert, vivant et dont le meilleur ami était un juif.

Les images de lui après les attentats montraient un jeune homme au regard fixe, sectaire et judéophobe. Ce qui s’était passé entre les deux était un renoncement, sa déception de ne pouvoir prétendre à l’élévation sociale à laquelle il aspirait.

Dans son film, Philippe Faucon révèle le mécanisme de cette transformation, le repli vers la religion face à un constat d’exclusion sociale.

Un déclic qui, une fois enclenché, conduit au refus de tout autre argument, à la négation de la parole des proches, au rejet de toute ouverture.

Ali qui était un garçon bûcheur, raisonnable, fortement guidé par des sentiments filiaux forts n’a, sous l’influence de Djamel, plus aucun scrupule à défier les paroles de retour à la raison de sa mère.

Très vite, l’aveuglement devient total et chacun des protagonistes est pris dans la même spirale négative qui conduira à l’irréparable.

Le propos de Philippe Faucon, d’une grande simplicité narrative pour démontrer un engrenage complexe, est totalement convaincant.

Les transformations physique et mentale des personnages se font d’une séquence à l’autre sans qu’il soit besoin de rajout explicatif. Dès lors que la machine est lancée et que rien ne peut l’arrêter, la dérive s’amorce.

"La désintégration" est un film sobre, rigoureux et d’une constante justesse. La distribution est magnifique avec une mention spéciale à la non-comédienne qui interprète la mère d’Ali. Le personnage et l’actrice sont magnifiques.

Avec "La désintégration" Philippe Faucon poursuit, avec une belle efficacité, son tracé de cinéaste engagé sur des sujets de société brûlants.

 

Francis Dubois

 

 

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