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Un film de J. Blakeson (Royaume-Uni)

"La disparition d’Alice Creed" Sortie en salles le 30 juin 2010

Deux hommes pénètrent dans un appartement sommairement meublé, renforcent les serrures de la porte d’entrée, calfeutrent les ouvertures, insonorisent les cloisons au cours d’une longue séquence silencieuse, le temps d’installer entre ces murs hostiles, un climat de sourde tension. C’est l’endroit qu’ils ont choisi pour séquestrer Alice Creed, la fille unique d’un richissime homme d’affaires.
La jeune fille cagoulée est ligotée aux montants du lit. Elle ne subit aucune violence de la part des deux hommes qui semblent déterminés à conduire la séquestration jusqu’à l’obtention d’une importante rançon.
Nul autre personnage n’apparaîtra à l’image en dehors des trois protagonistes et c’est au cours de ce huis-clos que le récit va progressivement distiller ses révélations et faire la lumière sur chacun des personnages. C’est ainsi qu’à l’occasion d’une étreinte passionnée, on fera la découverte brutale que les deux hommes sont amants comme on apprendra par la suite que le plus jeune des deux qui n’est sans doute pas, en dépit des apparences, le moins retors, est également l’amant de la jeune femme.
L’imbroglio machiavélique gardera son mystère tout au long du récit, relançant sans cesse le mécanisme huilé d’un suspens oppressant et mesuré. Qui des trois personnages est le dupe ? Serait-ce l’amant trompé du couple homosexuel qui pourtant semble être le plus déterminé et le plus redoutable, ou la jeune fille quand elle aura découvert - mais peut-être étaient-ils complices - que l’un de ses bourreaux est cet amant dont elle est très éprise et avec qui elle avait de solides projets d’avenir ?
Le parti pris de J. Blakeson de limiter l’espace de la presque totalité du récit à un seul lieu, de limiter à trois le nombre des personnages permet à "La disparition d’Alice Creed", d’entretenir le mystère avec des rebondissements narratifs efficaces, de concentrer le récit sur l’essentiel et de distiller comme un venin, à chaque fois, un élément supplémentaire dramatique, à un suspens qui pourtant ne semble jamais appuyé ou fabriqué.
Les ressorts du récit semblent couler de source et si, tour à tour, chacun des personnages prend l’avantage pour mieux entretenir l’incertitude du dénouement, le mécanisme fonctionne parfaitement, sans le moindre raté. avec une sorte de fluidité sereine.
La réussite du film tient à ses qualités mais aussi et beaucoup au fait d’avoir sur une trame classique construit un récit d’une grande originalité.
Elle tient à la force de jeu de trois comédiens qui jouent chacun, dans des tonalités contrastées, une partition qui accompagne le récit passionnant qui tient en haleine sans avoir recours au moindre effet.
Francis Dubois

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