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Un film de Patric Jean

"La domination masculine" Sortie en salles le 25 novembre

Que nous réserve un XXIème siècle dont la première décennie semble avoir amorcé une modification sensible des mentalités, une réduction de nos libertés, une moralisation dans nos choix de vie ? Ces premiers pas en direction d’un retour à des "valeurs morales" ne vont-ils pas, si nous n’y prenons garde, nous remettre sur le chemin de certaines valeurs ancestrales à l’avantage du patriarcat ? Les femmes vont-elles retourner au seul accomplissement des tâches domestiques pour rendre à l’homme un pouvoir dont le vingtième siècle n’a cessé de le "déposséder" ? Les femmes ne vont-elles pas dans les années à venir, préférer au compagnon complice, un partenaire dominant, un homme passionné d’automobile et fier de sa virilité…
On peut penser que la société ne reculera pas sur l’essentiel des mentalités forgées par une évolution naturelle des mœurs qu’a connue le XXème siècle. Pourtant, si l’on y regarde de plus près, les comportements ne correspondent pas toujours aux discours et l’illusion de l’égalité entre hommes et femmes cache de nombreuses injustices.
Le film de Patric Jean fait un certain nombre de constats inquiétants sur le sujet. Il nous alerte avec des séquences parfois drôles, souvent saisissantes. Il nous entraîne sur un terrain où chacun, en règle avec sa bonne conscience, pense détenir la vérité et prouve en matière d’égalité des sexes que, de tout ce qu’on croyait acquis, rien n’est vraiment gagné.
"La domination masculine" se présente à la fois comme une réflexion et comme une démonstration. Il dénonce une société encore prisonnière de stéréotypes, de cloisonnements tenaces fidèle à des symboles persistants tels que le contenu des livres d’enfants, les tâches ménagères, l’inégalité des salaires, la représentation politique, l’image lissée de la femme…
Le film procède par étapes. Il commence sur des événements ténus, légers pour aller progressivement jusqu’à des choses plus graves comme les signes d’une hiérarchie indéracinable entre hommes et femmes ou la violence conjugale.
Une partie du film s’intéresse au Québec. Ce pays qui est longtemps resté figé a, à la suite de ce qu’on a appelé "la révolution tranquille" brûlé les étapes en ce domaine. Il a actuellement vingt ans d’avance sur nous pour ce qui est de la place des femmes dans la société mais, en contre-partie, connaît une forte réaction contre-émancipatoire. Ce qu’en Amérique on nomme "backlash" et au Québec, "le ressac".
D’autres points sont abordés comme le masculinisme extrême, une théorie qui atteint à la paranoïa et selon laquelle les féministes auraient pris le pouvoir et se seraient emparées de domaines comme la presse ou la magistrature.
Le film de Patric Jean qui n’évite pas quelques facilités et amalgames devrait être l’outil idéal pour engager le débat, et provoquer, en mettant du doute dans nos certitudes, les questionnements qu’il est grand temps de se poser et que mérite ce sujet brûlant et essentiel…
Francis Dubois

Patric Jean, cinéaste Belge né en 1968, s’est déjà illustré par un premier long-métrage documentaire de qualité "La raison du plus fort", tourné en 2003 et sorti en 2005, sélectionné au Festival de Cannes, et ayant donné lieu alors à de nombreuses projections-débats dans le contexte d’urgence sociale face à l’état d’urgence décrété par le gouvernement en réponse à l’embrasement des banlieues… Un film que nous avions présenté alors dans l’Us-Magazine, qui n’a rien perdu de son intérêt. Philippe Laville

Patric Jean et son équipe avaient alors publiés les communiqués suivants :
“C’était la fin du gouvernement Jospin. Je tournais « la Raison du Plus fort » et chaque jour, je me demandais comment ces « jeunes des quartiers » faisaient pour se tenir si calmes. Malgré la violence sociale, les provocations policières, une justice expéditive, les frustrations que les mesures sociales d’alors ne faisait qu’adoucir…
Depuis, les gouvernements successifs ne font même plus semblant...
Je me disais alors, qu’un jour il faudrait bien que cela explose et que le plus vite serait le mieux. Qu’un jour on regretterait même le “bon vieux temps” où les jeunes des cités se contentaient de brûler des voitures.
Devant ces images d’incendies, je me souviens de ce qu’ils me disaient ces “jeunes” de leur colère, de leur peur, de leur insécurité à eux, de leur analyse subtile d’une économie de l’exclusion, de leur vaine patience, de leur désespoir surtout.
Comment attendre de quelqu’un qu’on fait tout pour désespérer qu’il ait une autre attitude que celle du désespoir ? Il y a des incendies très salutaires si l’on sait les regarder.
Je suis peut-être une racaille... “ Patric Jean – Novembre 2005

"Quand nous avions décidé de sortir en salles le très juste documentaire de Patric Jean, La raison du plus fort, avec le soutien du CNC, nous pensions naïvement contribuer au débat citoyen, montrer ce que cachent les caméras de la télé gyrophare, toujours placées du point de vue des flics. Le film est sorti, salué unanimement par les média, ignoré du box-office, puis il a disparu, emporté par le tourbillon des dizaines de sorties mensuelles. Mais des quelques milliers de spectateurs qui ont vu à l’époque LA RAISON DU PLUS FORT, nous étions tous très fiers. Fiers de leurs émotion à la fin de la projection, fiers de leurs questions lors des débats organisés avec le réalisateur, la Ligue des Droits de L’Homme ou le Syndicat de la Magistrature, fiers de leur détermination quand ils sortaient de la salle en nous disant que “non, plus jamais il ne regarderaient la banlieue comme avant”.
Visiblement, peu de nos hommes politiques étaient dans la salle. Alors aujourd’hui, toujours aussi naïvement, nous aimerions montrer a nouveau ce film en salles pour qu’à nouveau, quelques milliers de citoyens se posent les bonnes questions pour tenter de comprendre, au delà du couvre feu et des dérives du tout sécuritaire.
Alors, en ces états d’urgence, avec Patric Jean, nous sommes fiers de rejoindre le camp de la racaille."
L’équipe de distribution EuroZooM – Novembre 2005

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