Actualité théâtrale

à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, juqu’au 7 juin

"La femme d’avant" de Roland Schimmelpfennig, mise en scène de Claudia Stavisky

Il y a vingt huit ans Franck avait fait à Romy Vogtlander le serment qu’il l’aimerait toujours. Une promesse d’adolescent qu’il croyait caduque. Mais voilà que la jeune femme réapparaît et qu’elle demande son dû. La voilà qui s’immisce dans la vie de Franck, homme marié et père de famille…
La femme d’avant est une pièce constituée de scènes courtes écrites dans une langue dépouillée, débarrassée de tout effet, et c’est sans doute cette sobriété qui, doublée d’une construction dramaturgique savante et rigoureuse, lui donne une densité qui pourrait, par certains aspects, l’apparenter à la tragédie grecque.
La pièce se passe en une nuit dans un lieu sur le point d’être abandonné, un appartement où se sont accumulés des cartons d’emballage qui annoncent un prochain déménagement. C’est dans ce décor de transit que se produit l’intrusion de Romy Vogtländer.

© Photo Christian Ganet

Elle est venue réclamer son dû et ne démordra pas de sa décision au point que l’amour exclusif qu’elle exprime, sous-entend non seulement le départ de la femme de Franck mais aussi l’annulation des dix huit années qui auront précédé son retour.

Schimmelpfennig considère son travail dramaturgique, malgré le poids du sujet, plus proche de Woody Allen que de Heiner Müller.
Et cela, malgré le surgissement de la violence finale sensée faire table rase, remettre les pendules à l’heure et gommer de la vie de Franck, vingt huit années de sa vie.
Un dispositif scénographique simple qui privilégie le corps des acteurs. Un décor se limitant à un cadrage précis. Une référence permanente à la notion de travelling. Une narration progressant comme une enquête avec des avancées et des retours en arrière pour mieux mettre en évidence des détails qui permettent de comprendre comment ces choses-là arrivent.

Roland Schimmelpfennig est né en 1967. Assistant à la mise en scène, dramaturge puis traducteur, une de ses pièces, Une nuit arabe, est créée à la Staatstheater de Stuttgart avant d’être jouée au Théâtre du Rond Point dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia en 2001. D’autres de ses textes ont été joués en France : Push up 1 3 monté en 2006 par le Collectif Drao au théâtre de la Tempête et Avant/Après qu’on a pu voir en 2003-04 au Théâtre National de la Colline.
Claudia Stavisky, après une formation au Conservatoire national supérieur de Paris auprès d’Antoine Vitez, se dirige très vite vers la mise en scène. On lui doit notamment celle d’Avant la Retraite de Thomas Bernhard en 1990, Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare aux Nuits de Fourvière en 2002, mais également Le chapeau de paille de Florence de Nino Rota et Le Barbier de Séville de Rossini à l’Opéra National de Lyon. Professeur au Conservatoire d’Art Dramatique, elle dirige Les Célestins, Théâtre de Lyon depuis mars 2000.

Athénée Théâtre Louis-Jouvet
Square de l’Opéra Louis-Jouvet – 7 rue Boudreau 75 009 Paris
Renseignements et réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 53 05 19 19

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