Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Lav Diaz (Philippines)

"La femme qui est partie" Sortie en salles le 1er février 2017.

Au bout de trente années de sa vie passée en prison, Horacia est reconnue innocente. Une fois rendue à la liberté et connaissant le nom de celui qui l’a dénoncée pour une faute qu’elle n’avait pas commise, elle est dorénavant guidée par un violent sentiment de vengeance.

C’est après avoir retrouvé sa fille qu’elle se fixe un second objectif : retrouver un fils dont personne n’a plus eu de nouvelles depuis des années.

Lav Diaz a puisé le sujet de son film dans une nouvelle de Tolstoï, " Une histoire vraie " lue des années auparavant, dont il avait oublié l’histoire mais dont il s’est souvenu du contenu qui est en substance, que l’absurdité de la vie et sa fragilité sont le fondement de notre existence et que le cours de nos vies nous échappe.

Pendant le long temps de son incarcération, Horacia s’est dévouée aux autres. Elle a pris en charge les plus démunis, tenté de rendre confiance à ceux qui doutaient de la nécessité de vivre.

Elle avait trouvé auprès des autres détenus une ligne d’actions qui lui avait procuré une motivation et une certaine sérénité.

La liberté retrouvée la renvoie à l’instabilité de sentiments et de démarches plus contestables comme ce désir de vengeance contre l’homme dont l’accusation l’a jetée en prison.

Mais Horacia, une fois mise sur le route de cet homme et bien qu’elle ait soigneusement préparé son assassinat, ne va pas droit à son objectif. Elle prend le temps de rencontrer des êtres miséreux ou solitaires dont les chemins auront croisé le sien : un marchand d’oeufs couvés à qui la vente de sa marchandise ne permet pas de nourrir sa famille, un travesti pathétique lassé par son existence...

Cinéma : la femme qui est partie

Le canevas narratif de " La femme qui est partie " aurait pu donner lieu à un sublime mélodrame mais Lav Diaz, fidèle à ses choix cinématographiques, écarte du traitement de son récit tout risque d’appesantissement, toute émotion superflue. Et il fait de ses personnages quoique pauvres, démunis, vulnérables, des personnes qui gardent une certaine dignité.

Le récit, à mesure qu’il emprunte des chemins de traverse, va rendre moins fort chez Horacia son désir de vengeance et c’est un des personnages de rencontre auquel elle a apporté réconfort qui lui épargnera d’en arriver à l’assassinat qu’elle s’était promis de commettre. Et d’une certaine façon, Hollanda sera incarcérée à sa place...Comme elle, trente ans auparavant, a été incarcérée à la place d’une autre.

La durée de " La femme qui est partie"( 3h 45) ne doit pas décourager ceux à qui sera donné la possibilité de voir le film dont la lenteur narrative n’est jamais synonyme d’ennui mais au contraire, un enrichissement permanent. Chez Lav Diaz, chaque image compte, la composition de chaque plan est passionnante Les décors n’ont par besoin d’être spectaculaires. Il leur suffit d’être authentiques, servis par des lumières naturelles. Les comédiens n’ont pas besoin d’être maquillés ni de prouver leur savoir faire avec force effets.

"La femme qui est partie " est une oeuvre puissante dont la projection ne conviendra pas à ceux qui attendent d’un film suspens et action mais devraient séduire les amoureux de cinéma, ceux qui aiment se hasarder hors des sentiers battus.

Sublime !

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Les Grands voisins. La cité rêvée »
    Maël est un artiste peintre sans papiers, Adrien est luthier et musicien. Eux et d’autres résidents de tous crins et venus de tous les horizons ont donné naissance à une utopie moderne en plein cœur... Lire la suite (14 mai)
  • « The room »
    Kate, elle traductrice et Matt artiste peintre, un couple de trentenaires dans l’impossibilité d’avoir un enfant, lassés d’une existence citadine s’installent dans une maison isolée qu’ils ont achetée... Lire la suite (14 mai)
  • « Benni »
    Benni est une fillette de dix ans enfermée depuis sa petite enfance dans un état d’ instabilité, une suractivité permanente et des accès de violence qu’elle ne parvient pas à contenir. Prise en charge... Lire la suite (17 mars)
  • « Le cœur du conflit »
    Un cinéaste japonais et une cinéaste française décident de faire ensemble, non pas un enfant qui serait jeté en pâture à une société offerte à un avenir de plus en plus inquiétant, mais un « enfant... Lire la suite (11 mars)
  • « Femmes d’Argentine »
    En Argentine l’IVG est interdite et les femmes qui la pratiquent clandestinement peuvent encourir des peines de prison si elles sont dénoncées. Toute hospitalisation pour traiter les séquelles d’un... Lire la suite (10 mars)