Actualité théâtrale

Théâtre du Petit Hébertot, jusqu’au 23 février 2014.

"La femme silencieuse" de Monique Esther Rotenberg. Mise en scène de Pascal Elso.

Dès 1933, à Munich et dans d’autres villes, les livres de Stefan Zweig sont brûlés.

Voyant apparaître les mêmes forces destructrices que lors de la première guerre mondiale et se profiler les ténèbres du nazisme, l’écrivain s’exile à Londres.

Pour se faire aider dans l’écriture d’une biographie de Marie Stuart qui sera son prochain livre, il recrute une jeune secrétaire, Lotte Altmann, à laquelle il s’attachera chaque jour un peu plus.

Avertie qu’une liaison amoureuse réunit son mari et la jeune femme, Fridericke l’épouse officielle, lui fait savoir qu’elle "n’a pas l’intention de lui faire cadeau de ses silences"…

C’est un fragment de la vie de Stefan Zweig, juste avant son départ pour le Brésil, que propose Monique Esther Rotenberg dans sa pièce à laquelle elle a donné le titre de l’opéra composé par Richard Strauss dont l’auteur autrichien avait écrit le livret.

" La femme silencieuse" fait référence à cette œuvre dont Zweig se trouvera dépossédé, à la personnalité discrète de Lotte Altmann, ainsi qu’au silence de l’épouse qui refuse de voir le monde s’écrouler autour d’elle.

La pièce s’ouvre sur l’arrivée de Lotte Altmann chez Stefan Zweig.

C’est, quand elle se présente à lui, un homme déprimé, fatigué, frileux qui manque d’espoir en l’avenir mais espère retrouver une nouvelle énergie avec l’écriture de la biographie de Marie Stuart.

La présence efficace de la jeune femme provoquera chez lui un déclic salutaire. L’écriture de la biographie s’avérera d’autant plus aisée qu’une complicité qui ne sera dans un premier temps que professionnelle, va les rendre indispensables l’un à l’autre.

Le texte de Monique Esther Rotenberg est vif, ciselé. Les dialogues se tiennent à l’écart de tout pathos et didactisme pour alimenter l’essentiel de la dramaturgie et permettre de donner corps à des personnages bien dessinés, délicatement nuancés.

La toile de fond que constitue le paysage politique menaçant annonciateur de la montée du fanatisme hitlérien, donne à l’atmosphère une coloration d’inquiétude latente.

Si Pierre-Arnaud Juin compose un Stefan Zweig convaincant entre désespoir et ironie, si Corinne Jaber est parfaite en épouse blessée mais rebelle, c’est Olivia Algazi dans le rôle de Lotte, toute en grâce et détermination, qui apporte avec son interprétation, la touche finale convaincante à ce spectacle.

"Le Petit Hebertot" compte parmi ces petits théâtres parisiens (avec "Le petit Montparnasse", le "Poche Montparnasse" ou "Le petit Saint-Martin") dont la programmation est souvent de qualité et réserve presque toujours de bonnes surprises.

Francis Dubois

Théâtre du Petit Hébertot, 78 bis Boulevard des Batignolles 75 017 Paris.

Réservation 01 42 93 13 04

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