Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

POLAR

« La fille de la pluie », Pierric Guittaut Voir le Berry… en noir.

L’intention de l’auteur, Pierric Guittaut – qui signe son premier roman dans la Série Noire – est visible et sensible. Lutter contre tous les clichés qui encombrent la littérature, surtout la noire, sur cette campagne française aux secrets enfouis dans la paille et les maisons trop souvent fermées. La rage aussi contre les étrangers incapables de laisser devant chaque porte les préjugés. Le rejet de l’Autre ce n’est pas seulement l’immigré, c’est aussi ce voisin qui semble une borne des temps reculés, le paysan, le chasseur.

Lutter contre cette déformation de la réalité véhiculée soit par les films soit par ADG – un auteur réédité dans Folio Policier -, avec cette condescendance de l’urbain face au rural, deux mondes qui n’ont pas de langage commun. Deux incompréhensions qui s’affrontent. Les jeunes voudraient être libres, vivre leur vie mais ils sont engoncés dans cette toile d’araignée du passé et de ces secrets si bien gardés qu’ils produisent des échecs, des morts.

L’auteur a voulu une figure symbolique de la liberté. Une jeune fille, belle à en mourir – un cliché des polars, le sait-il ? – d’une quinzaine d’années qui cristallise tous les espoirs, tous les désirs, toutes les fuites. Une figure trop fugitive. Difficile d’y croire à « La fille de la pluie », titre de ce roman qui se veut noir.

Pour faire connaître cette contrée, il se sert d’un clerc de notaire, Hughes, perdu dans cette campagne qu’il ne connaît pas, avec la sensation, partagée par la plupart des citadins des grandes villes, qu’il se trouve dans le trou du cul du monde. Accueilli par une famille, il entre sans le savoir dans un labyrinthe de secrets familiaux opposant des familles entre elles, résultat d’amours contrariées, de jalousies, de rancœurs, de meurtres sans préméditation. Les désirs refoulés pèsent, faisant le chiffre d’affaires d’une boulangère.

Ce petit monde, comme celui de la chasse, est décrit avec générosité. Pourtant, il donne l’impression d’être artificiel. Le lecteur a du mal – peut-être parce qu’il est citadin – à y pénétrer, à s’y intéresser. Dés le début, on sait comment toutes ces rencontres que fait Hughes se termineront. L’auteur ne sait pas nous surprendre. Nous amener ailleurs.

Au total, un premier essai pas totalement transformé. Il a raté la barre. Mais il a su franchir la défense adverse. C’est déjà pas si mal.

Nicolas Béniès.

« La fille de la pluie », Pierric Guittaut, Série noire/Gallimard, Paris, 2013 .

Autres articles de la rubrique Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

  • Deux polars, de Pologne et de Slovaquie
    Du côté de Varsovie Zygmun Miloszewski est salué, à juste raison à la lecture de « Te souviendras-tu de demain ? », comme un romancier qui compte. Il met en scène un couple de vieux amants mariés,... Lire la suite (25 août)
  • « A tombeau ouvert », Raul Argemi
    Raoul Argemi, aujourd’hui journaliste, romancier et homme de théâtre, fut, en 1975, un des acteurs de la lutte armée contre la dictature. Cette expérience sert de toile de fond à ce roman, « A tombeau... Lire la suite (23 août)
  • « Une année de cendres », Philippe Huet
    . Philippe Huet longtemps rédacteur en chef adjoint de Paris Normandie a voulu, dans « Une année de cendres », raconter l’histoire de deux truands qui ont tenu Le Havre de la fin de la seconde... Lire la suite (23 août)
  • « Stoneburner », William Gray
    William Gray (1941-2012) est considéré, aux Etats-Unis comme le maître du « Southern Gothic », un genre qui mélange allègrement le noir avec des ingrédients tenant du grotesque ou du surréel venant en... Lire la suite (22 août)
  • Spécial James Lee Burke.
    Dave Robicheaux, flic de Louisiane, est le personnage clé de l’œuvre de James Lee Burke, son double plus sans doute que ses autres personnages. Robicheaux c’est la Nouvelle-Orléans, sa corruption,... Lire la suite (1er août)