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Un film de Radu Jude (Roumanie)

"La fille la plus heureuse du monde" Sortie en salles le 16 décembre

Délia est l’heureuse gagnante d’un jeu-concours. Mais pour entrer en possession de son lot, une voiture rutilante, elle doit tourner un spot publicitaire vantant les qualités diététiques d’un jus d’oranges. Pendant que le tournage traîne en longueur, son père et sa mère tentent de la convaincre de revendre le véhicule. Les endettements qu’a engagés la famille seraient ainsi remboursés. Mais Délia souhaite garder ce qu’elle considère comme son bien, passer son permis de conduire et partir en ballade au bord de la mer avec ses amies.

Le fil narratif de "La fille la plus heureuse du monde" est en apparence simple. Il repose sur trois parties distinctes. Le voyage jusqu’à la ville au cours duquel sont présentés les personnages des parents et celui de Délia, une famille modeste unie sur l’essentiel, opposée sur les points de détails habituels qui opposent les générations. Le tournage du film publicitaire, ses aléas et la rencontre de deux univers, celui du cinéma et celui de provinciaux décalés et les différentes manœuvres qu’utilisent les parents entre deux prises pour convaincre leur fille de revendre l’automobile.
Mais le film est surtout un état des lieux de la Roumanie actuelle, un pays à l’économie fragile confronté à l’arrivée brutale du libéralisme. Greffer la société de consommation sur une économie faible crée une sorte de vide aspirant où tentent de survivre décemment des familles modestes comme celle de Délia. Le père est employé, la mère enseignante mais leurs "salaires de misère" ne leur permettent pas de prétendre au moindre écart financier. L’arrivée de cette voiture dont chacun devrait se réjouir scinde la famille en deux. Les parents qui appartiennent à la génération de ceux qui ont connu le communisme voudraient, avec la vente du véhicule, éponger les dettes et ouvrir chez eux des chambres d’hôtes qui leur permettraient, avec une source de revenus supplémentaire, d’accéder à un mode de vie plus confortable… Délia qui appartient à la nouvelle génération caresse d’autres projets plus futiles, des vacances au bord de la mer avec ses amies. Deux points de vue qui s’opposent pendant la fabrication d’un produit onéreux et éphémère comme la fabrication d’un spot publicitaire pour lequel est exploité, sans ménagement, le côté démodé de la jeune provinciale.
Au final, sous ses aspects de comédie, "La jeune fille la plus heureuse du monde" est un film grave qui traite en filigrane les problèmes essentiels auxquels se heurtent les pays passés du communisme au libéralisme. Et s’il fallait tirer une morale de cette histoire, ce serait que, quel que soit le contexte politique et social, le gagnant n’est pas celui qui a raison mais bien celui qui détient le pouvoir.
Francis Dubois

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