Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 octobre au Théâtre de la Tempête, Partenaire Réduc’Snes

« La grande nouvelle »

Les êtres humains ont peur de la maladie, de la vieillesse et de la mort aujourd’hui comme au temps de Molière. Cela a donné à Philippe Adrien l’envie de réécrire, en compagnie de Jean-Louis Bauer, Le malade imaginaire , mais en l’adaptant aux changements intervenus dans la société, la science, les mœurs et la famille.

Les deux auteurs se sont sûrement beaucoup amusés ! On retrouve Argan, l’hypocondriaque, obsédé par la poursuite d’une éternelle jeunesse et la volonté de repousser la mort (une vie de 1000 ans, c’est cela la grande nouvelle  !). Les autres personnages ont vu leurs noms plus ou moins transformés, mais le clin d’œil est là. Sa fille Angélique est devenue Angèle, Beline, son épouse est devenue Aline, toujours avide d’argent et transformée en pur produit de la chirurgie esthétique. Il y a les deux Diafoirus devenus Hippolyte Dupont de la Roche et son fils, des financiers proposant à Argan des investissements dans les nouveaux médicaments et les dernières trouvailles de la nanotechnologie au service de la santé. On retrouve la structure du malade imaginaire, certaines grandes scènes transformées à la lumière des obsessions d’aujourd’hui (la scène du poumon devient celle de la prostate), mais il n’y a pas un mot de Molière. Il y a même des intermèdes musicaux, comme chez Molière, et son portrait est fixé au mur !
Théâtre La grande nouvelle
Il n’y a pas que Tartuffe ou Le misanthrope qui restent d’actualité chez Molière. Même dans ses comédies, les thèmes traversent le temps sans beaucoup de rides. La maison d’Argan est équipée de toutes les nouvelles technologies, il dispose d’un panel de remèdes considérable et est connecté à tous les sites qui lui déversent une information continue, mais il reste centré sur ses obsessions, la peur de vieillir et de mourir, prêt à écouter le premier charlatan venu. L’argent reste un sujet de discorde dans la famille, même si désormais c’est d’investissements dont on parle.

Dans un décor de maison hyperconnectée, où la vidéo intervient, sans être omniprésente comme c’est trop souvent le cas au théâtre aujourd’hui, Philippe Adrien organise le déplacement des comédiens dans un rythme qui s’accélère au gré de leur délire. Patrick Paroux campe un Argan remarquable. Il arrive à dépasser les limites et évoque Louis de Funès dans son agitation, ses inquiétudes et ses colères. Nathalie Mann incarne une Aline, transexuelle entièrement refaite qui nous entraîne dans le burlesque. Pierre Lefebvre fait un numéro de sorcière vaudou qui déchaîne l’hilarité. Au milieu de tous ces fous, Jean-Marie Galey incarne avec sobriété le frère d’Argan, celui à qui il reste un gramme de bon sens. Tous sont excellents. C’est percutant, cruel parfois, il y a de la farce, on rit beaucoup, on frôle même le délire, et pourtant on garde l’esprit en éveil sur les travers humains. Quel bel hommage à Molière !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h

Théâtre de la Tempête

Cartoucherie

Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36

www.la-tempete.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Les Molières le 23 juin
    La cérémonie des Molières est maintenue, dans le respect des règles sanitaires, et sera diffusée en prime time le 23 juin sur France 2. Elle rappelle, en ces temps où l’avenir est encore incertain et... Lire la suite (25 mai)
  • La Comédie-Française lance La Comédie continue !
    COMMUNIQUÉ DE PRESSE > vendredi 27 mars 2020 > La Comédie continue ! > Tel est le nom de la première chaîne en ligne de la Comédie-Française. > À partir du lundi 30 mars 2020 à 16h, plusieurs levers... Lire la suite (31 mars)
  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)