Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

La guerre d’Algérie en bandes-dessinées "Histoire dessinée de la guerre d’Algérie" ; "Un maillot pour l’Algérie"

Benjamin Stora signe avec Sébastien Vassant une bande dessinée sur la Guerre d’Algérie. Ou plus précisément une "histoire dessinée" sur cette guerre que la censure et l’hypocrisie ont longtemps cantonné au terme d’"événements". D’ailleurs, c’est seulement en 1999 que l’expression "opérations de maintien de l’ordre" a été enfin remplacée par "guerre d’Algérie" après un vote à l’Assemblée nationale. Cette bande dessinée didactique retrace chronologiquement les événements de la guerre d’indépendance et toutes les forces en présence du côté algérien (FLN, MNA de Messali Hadj...) mais aussi du côté français, en pleine crise de régime. Le fil chronologique s’interrompt ponctuellement pour laisser place à des témoignages : ancien harki, écrivains algérien et français partisans de la décolonisation, ancienne membre de l’OAS, Benjamin Stora lui-même. Ces témoignages rendent palpables les différents courants de pensée de l’époque. Le dessin est souvent sombre ou sépia, comme pour renvoyer au passé une histoire dont la bande-dessinée nous suggère pourtant les conséquences aujourd’hui. Parfois illustratif (belle restitution des rues d’Alger ou des campagnes algériennes), souvent métaphorique (pour montrer les puissances en opposition ou les prises de décision), le coup de crayon de S. Vassant se marie bien au savoir de B. Stora. Le choix a été fait de rendre le propos historique le plus limpide possible et la bande dessiné est découpée en période ("La drôle de guerre", "La guerre ouverte", "La guerre cruelle", "Vers la guerre civile ?" et enfin "Les guerres sans fin"). Une "histoire dessinée" facile d’accès et s’inscrivant salutairement dans un travail historique, à populariser encore davantage !

BD : La guerre d'Algérie en BD

Pour compléter ce triste passé et pour mettre en lumière un épisode parallèle que l’" Histoire dessinée de la guerre d’Algérie" ne raconte pas, il faut lire " Un Maillot pour l’Algérie" . Cette bande dessinée raconte comment des joueurs algériens, célébrés en France et pressentis pour jouer dans l’équipe nationale lors de la Coupe du Monde de 1958, ont fait le choix de quitter la métropole afin de constituer l’équipe nationale algérienne. Rachid Mekhloufi, attaquant légendaire de l’AS Saint-Étienne, Abdelhamid Kermali, ailier de l’OM, Amar Rouaï, ou encore Mokhtar Arribi ont pris les couleurs du FLN et ont porté le message de l’indépendance à l’internationale, sur les terrains de foot et auprès des ambassades dites anti-impérialistes. Pour la plupart originaires de Sétif, ces joueurs ont tous été terriblement marqués par la répression du 8 mai 1945. Soldats du sport, en renfort des soldats du FLN qui eux luttaient directement en Algérie, ces joueurs ont parcouru le monde et ont fait partie de la stratégie de sensibilisation de l’opinion internationale par le FLN. Rey, Galic et Kris rendent compte de leurs périples, de leurs galères, de leurs victoires, et montrent comment le football peut se révéler incroyablement politique dès lors que des "joueurs militants" s’en mêlent... Un dossier très complet en fin d’ouvrage permet de faire un point sur l’époque et sur les joueurs concernés. Un beau travail pour un épisode oublié de la Guerre d’Algérie !

Doriane Spruyt

Histoire dessinée de la guerre d’Algérie , Benjamin Stora et Sébastien Vassant, Seuil, 2016

Un maillot pour l’Algérie , Rey, Galic et Kris, Aire Libre, 2016

Autres articles de la rubrique Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

  • « Django Main de feu »
    Connaître la biographie de Django Reinhardt est difficile. Surtout son enfance et son adolescence dans cette zone à la limite de Paris dans les années 1910 – année de sa naissance – 1920. La... Lire la suite (1er mars)
  • « La Cité des Rêves », Wojciech Chmielarz
    . Wojciech Chmielarz est un des grands auteurs « noirs » polonais. « La Colombienne », son livre précédent, avait présenté ses deux doubles révoltés Mortka, l’inspecteur chargé des enquêtes – dit le « Kub... Lire la suite (25 février)
  • « Mémoires d’Amérique », John Edgar Wideman
    John Edgar Wideman est un des grands écrivains des Villes américaines qu’il sait investir via ses ghettos noirs. Philadelphie marquée par la présence de Benjamin Franklin, Pittsburgh par son aciérie... Lire la suite (11 février)
  • « Play Boy », Constance Debré
    Constance Debré, lesbienne revendiquée, se raconte sous les traits de « Play Boy », titre qu’il faut prendre dans tous les sens - d’interdit à giratoire. Un « Play Boy » dans le langage courant est un... Lire la suite (9 février)
  • Jean d’Aillon
    Jean d’Aillon poursuit les chroniques d’Edward Holmes et Gower Watson inspirées par Conan Doyle – il faut reconnaître l’intrigue – et habillées par les descriptions de la situation politique et militaire... Lire la suite (8 janvier)