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Un film de Valérie Donzelli (France)

"La guerre est déclarée" Sortie en salles le 31 août 2011

Roméo et Juliette se sont rencontrés sur un coup de foudre. Ils ont fait un enfant. Lui, provisoirement, est un homme au foyer tandis qu’elle travaille dans le domaine artistique. Ils vivent heureux jusqu’au jour où leur petit garçon tombe malade.
Les examens médicaux décèlent une tumeur au cerveau et dès lors commence pour le jeune couple d’amoureux et pour leurs proches une longue épreuve.
Les séjours à l’hôpital se multiplient, les interventions suivies de séances de chimiothérapie et les interminables périodes en chambre stériles.
Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm ont écrit le scénario en s’inspirant de leur propre histoire et d’une longue maladie qui a frappé leur propre enfant, finalement tiré d’affaire et à qui le film est dédié.
L’histoire ainsi résumée laisserait penser qu’on va voir un film sur le combat contre la maladie avec des parenthèses d’espoir et de découragement, qu’on va assister au plus près au drame quand il frappe en plein bonheur et qu’on le ressent comme une terrible injustice.
Le film de Valérie Donzelli est à la fois cela et rien de cela. Sans doute parce qu’elle a trouvé la bonne distance entre le sujet qu’elle a choisi, l’épreuve face à la maladie grave d’un bébé et le traitement qu’elle en fait, délibérément vivant.
La maladie de l’enfant n’est pas seulement un drame. C’est comme le dit Roméo, une épreuve qui a été imposée aux protagonistes parce qu’on savait qu’eux plutôt que d’autres, sauraient y faire face.

"La guerre est déclarée" est un film joyeux, libre, constellé de minuscules scènes irrésistibles empreintes de tant de tendresse, de tant d’élans de vie, de tant de drôlerie, qu’elles résistent à chaque fois à l’audace risquée mais triomphante de la mise en scène.
Roméo et Juliette sont des jeunes gens d’aujourd’hui à la fois sûrs d’eux et vulnérables, démunis face à l’épreuve mais bénéficiant d’une sorte de tendance innée à la certitude positive.
La film trouve sa tonalité avec le mélange d’inconscience et de lucidité des parents mais aussi avec les personnages secondaires, tous parfaitement dessinés. Michèle Moretti irrésistible en grand ’mère-enfant et Philippe Laudenbach font un couple d’aïeuls criants d’authenticité. Brigitte Sy est solide comme un roc en grand-mère lesbienne et Elisa Lowensohn en compagne dévouée.
Valérie Donzelli brasse tous ces personnages dans une agitation généreuse et solidaire, aux moments cruciaux de l’histoire avec une exagération à la fois subtile et non dissimulée et ces scènes de vie autour d’un bébé menacé sont d’une telle vitalité qu’on en oublie la gravité de l’enjeu et parfois même le sujet.
Ce parti pris de mêler autant de fantaisie à un drame présentait des risques mais Valérie Donzelli est en train de devenir une de nos plus talentueuses réalisatrices. Elle maîtrise totalement ses audaces et ses dérives. Elle sait saisir avec beaucoup de finesse et d’élégance la fragilité, la part d’inconscience et la force incommensurable de l’être humain.
La guerre du titre est celle qu’on livre à la mort, à la bêtise, aux apitoiements sur soi-même, à la faiblesse de souffrir.
"La guerre est déclarée" est un film qu’il ne faut absolument pas laisser passer. Il est indispensable d’y aller comme il faut aller voir "Pater" d’Alain Cavalier comme on devra voir bientôt "Hors Satan" le dernier film de Bruno Dupont. Autant d’œuvres qui sont en train de requinquer le cinéma français.
Francis Dubois

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