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Un film de Laurence Petit-Jouvet (France)

"La ligne de couleur" Sortie en salles le 17 juin 2015.

Ils sont français de culture française mais la couleur de leur peau n’en fait pas des citoyens tout à fait comme les autres, dans une France où le "blanc neutre" est considéré comme la normalité.

Le décalage entre le discours officiel de la République qui se veut universaliste, égalitaire et le traitement qui est souvent réservé à ces citoyens français est d’autant plus cruellement ressenti que les promesses d’ascension sociale sont en réalité, dans de nombreux cas, non tenues.

Aujourd’hui, le fait d’être regardé comme non-blanc est teinté de méfiance et ce regard peut avoir des conséquences sur les relations au quotidien ; lorsqu’il s’agit de trouver un emploi, de louer un appartement, d’accéder à un stage, d’entrer dans un club ou de parler à un policier.

Cinéma : la ligne de couleur

Pour illustrer son propos, Laurence Petit-Jouvet a repris, comme elle l’avait fait dans son film précédent, " Correspondances ", le principe de la lettre filmée.

Chacun des onze protagonistes qui témoignent sur le sujet a écrit une lettre adressée à une personne de son choix, qu’elle lit pour livrer sa perception du problème que pose la couleur de la peau.

Fatouma, pendant qu’elle tresse les cheveux de sa petite fille, tente de la convaincre que sa chevelure crépue est un atout et non un handicap.

Yumi, comédienne d’origine japonaise qui s’est spécialisée dans le doublage de films et séries télévisées ne se voit confier que le doublage d’actrices asiatiques alors qu’elle n’a aucun accent.

Alice, réalisatrice d’origine africaine doit sans cesse s’imposer en tant que metteure en scène sur ses tournages où elle passe pour une assistante.

Yaya a gommé son accent de banlieue, il a changé de code vestimentaire mais ce diplômé qui anime une émission à Radio France a du mal à s’imposer à sa juste valeur.

Une étiquette persistante colle à Rui. Il regroupe tous les stéréotypes de l’homme asiatique : sage, travailleur, petit, asexué, souvent informaticien ou combattant d’arts martiaux…

Jean-Michel né à Montreuil, originaire des Antilles, français depuis quatre siècles est toujours pris pour un arabe à cause de son physique et de son teint…

Après la seconde guerre mondiale, on avait voulu croire le terme de "race" enterré dans "les poubelles de l’Histoire". Mais c’est seulement dans les années 90 que la discrimination raciale a été reconnue officiellement en France, que l’appellation "minorités visibles" a commencé à être utilisée, quand les nouvelles générations nées en France des récentes immigrations sont apparues sur le marché du travail.

Il existe donc, en dehors des frontières qui séparent les pays, une frontière beaucoup plus subtile, celle que Laurence Petit-Jouvet appelle "la ligne de couleur".

Les témoignages sont spontanés, sincères. Ils ont tous le même arrière-goût d’amertume. Certains auraient gagné à être raccourcis et d’autres à se débarrasser d’un lyrisme qui encombre et affaiblit parfois le propos.

Mais " La ligne de couleur " est le film parfait pour engager des débats, des discussions sur le thème des différences.

" Je ne pourrai pas vivre bien dans ce pays tant que la France sera "le pays des vigiles les plus diplômés de monde " dit Yaya dans sa lettre.

Tout est dit !

Un film nécessaire.

Francis Dubois

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